Arthur Lamothe et les accommodements malcommodes

Dans une société comme le Québec, qui accommode actuellement toutes les demandes les plus farfelues, exagérées, justifiées ou non, de différents groupes religieux ou ethniques, quelle est la place faite aux personnes âgées et aux handicapés?

Pour ne pas revenir sur la cause des aidants naturels (qui devraient porter à plus juste titre celui d'aidants surnaturels), comment envisageons-nous de laisser une place à une petite partie de notre population en perte de jeunesse, de santé ou d'autonomie? Pourquoi devons attendre que des artistes de renom, comme notre amie de coeur Chloé Sainte-Marie, doivent se battre et se débattre pour obtenir de vagues promesses de gouvernements peu enclins à écouter la voix des plus petits et des moins bien représentés, la voix de personnes qui ont travaillé souvent toute leur vie pour un pays qui les abandonne au moment où ils ne sont plus productifs mais tellement vulnérables?

Quels accommodements ce gouvernement est-il prêt à faire dans un monde où la famille a elle-même abandonné ses propres parents?

Attendre, encore attendre

Depuis quelques années, je m'occupe de mon mari, le cinéaste Arthur Lamothe. Cela fait plus d'un an et demi que nous attendons une réponse pour obtenir l'aide d'une femme de ménage, plus de deux ans pour l'installation d'une rampe d'accès à la maison. J'ai dû changer mes horaires de travail pour laisser seul le moins possible mon conjoint, qui a atteint le record surprenant de sept AVC!

Malgré tout, nous vivons bien, comptant sur notre amour mutuel. Nous allons plusieurs fois par mois au cinéma, à la Maison de la culture, à la bibliothèque, etc. Nous sortons tous les jours marcher au petit parc du coin.

Arthur, qui a eu 78 ans, finit même un nouveau documentaire sur les pêcheurs acadiens de l'île Lamèque et nous avons un autre projet sur des chanteurs cubains de l'île de la Jeunesse. Nous partons aussi souvent que nous le pouvons, profitant de la vie au maximum, sachant que les années et les mois sont maintenant comptés.

Un plancher sali

Bien que l'accès aux personnes âgées et handicapées dans les lieux publics soit facilité en ville, les mentalités ne suivent pas toujours. J'en prends pour exemple cet employé très rude et agressif de la Ville de Montréal qui nous a presque jetés hors des vestiaires de la piscine Père-Marquette.

Nous avions demandé aux moniteurs qu'on nous ouvre le vestiaire familial pour me permettre de m'occuper de mon mari dans la douche et dans le vestiaire. Cet individu nous aurait fusillés sur-le-champ s'il avait pu transformer sa vadrouille en mitraillette. Nous avions sali son plancher! Nous avons donc dû sortir rapidement sous son regard assassin... (Il faut savoir que très peu de piscines offrent la possibilité du vestiaire mixte; c'est assez déplorable.)

Que dire aussi de cette maison d'hébergement pour vieillards dans notre quartier, dont le personnel, l'été dernier, a molesté mon mari parce qu'il s'était reposé quelques minutes après une longue marche sur une chaise de leur cour, devant le trottoir...

Je pourrais parler aussi de certains chauffeurs de taxi désagréables, qui refusent de prendre le bras d'Arthur pour qu'il ne tombe pas sur la glace. Que penser de cette personne proche l'abandonnant sur le trottoir de la rue Saint-Denis avec sa marchette parce qu'elle ne voulait pas le raccompagner chez lui après être allée le chercher à l'hôpital? Comment comprendre ces gens qui le tutoient ou parlent de lui comme s'il n'existait pas ou qui l'apostrophent avec familiarité: «Alors, papa, on se promène?»

Des comportements dénués d'humanisme,

d'empathie, de politesse, tout simplement dénués de bon sens.

À l'heure des accommodements raisonnables, ne devrions-nous pas penser plus sérieusement à la façon dont, bien souvent, nous traitons nos aînés et nos personnes handicapées? Qu'inculquons-nous aux générations futures? Comment va-t-on nous traiter quand la roue aura tourné pour nous-mêmes?

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