Libre-Opinion: Sondage sur le racisme : et les autochtones ?

La population québécoise s'est grandement diversifiée au cours des dernières années grâce à l'apport de l'immigration. Cette diversité constitue une richesse pour le Québec par la contribution des Québécois de toutes origines à la vie culturelle, sociale et économique. D'ailleurs, le gouvernement s'est doté, en 1990, d'un énoncé de politique en matière d'immigration et d'intégration qui reconnaît le caractère pluraliste de la société et invite les citoyens à tisser des relations interculturelles harmonieuses.

Même si la diversité croissante de la population et les profonds changements socioéconomiques que vit le Québec comme toute autre société occidentale affectent les relations entre les citoyens et accroissent les risques de tensions entre «pure-laine» et «nouveaux arrivants», il ne faut pas reléguer aux oubliettes la situation des autochtones. En effet, un ensemble d'événements à caractère raciste ont été observés ces dernières années, et ces incidents, qui ont beaucoup d'effets médiatiques, ont fait l'objet de différentes interprétations au sein de la population.

Cette situation devrait être aussi préoccupante pour toute la population que l'attitude des Québécois envers les immigrants et réciproquement, tel qu'étalé récemment par les médias.

Un produit de l'aventure coloniale

En Amérique du Nord, les premières victimes du racisme ont été les Amérindiens. Le racisme peut donc être considéré ici comme un produit de l'aventure coloniale européenne. De fait, lorsque les Européens sont arrivés en Amérique, ils ont découvert des autochtones ayant un univers spirituel fort différent du leur et aux antipodes de leurs us et coutumes. Le respect qu'avaient les Indiens pour les éléments de la nature a été interprété par les Blancs comme autant de preuves de leur sauvagerie.

Premier ingrédient propice à l'éveil d'un racisme: la méconnaissance d'une autre culture, la mauvaise interprétation et la croyance de la prééminence d'une culture «supérieure» par rapport à une culture dite primitive. Tellement «primitive» que les autochtones ont été autorisés à voter au Canada en 1960 et au Québec, bonne dernière des provinces, seulement en 1969. Pourtant, aujourd'hui, un immigrant reçu peut se prévaloir du droit de vote en devenant citoyen canadien seulement au bout de trois ans... On comprend mieux la réticence des autochtones à participer à la vie politique d'un pays qui les a oubliés le jour de sa constitution.

Racisme multiforme

Reconnaître la réalité d'un racisme autochtone et son existence au sein de notre société serait un premier pas qui permettrait une analyse historique et structurelle. Le «racisme autochtone» est souvent difficile à identifier parce que, d'une part, il fait appel à des perceptions, la plupart du temps teintées d'ignorance, et, d'autre part, ses racines étendues sont bien ancrées dans les mentalités.

Ayant vécu de nombreuses années à Sept-Îles proche des Innus et travaillant depuis plus de 35 ans à mieux faire connaître les autochtones, je peux affirmer que les manifestations du racisme envers les autochtones d'aujourd'hui sont multiformes et fréquemment fallacieuses. Combien de fois au cinéma ai-je vu des gens changer de place lorsqu'un Innu s'assoyait à côté d'eux ou demander une autre table dans un restaurant lorsqu'une famille d'autochtones s'installait? Nombre de fois, j'ai entendu commenter l'assiduité des autochtones au travail ou leur capacité à mener à terme un projet, voire leur odeur lorsqu'ils revenaient du bois alors qu'ils sentaient seulement la boucane du tipi...

Deux Québécois sur trois pensent que les autochtones ont un niveau de vie aussi bon, voire meilleur, que le Canadien moyen. Pourtant, on sait que les collectivités autochtones du Québec, comme celles du reste du Canada d'ailleurs, vivent généralement dans des conditions socioéconomiques malheureusement inférieures à celles des non-autochtones! Certaines de ces collectivités ne disposent pas des institutions, des ressources ou des compétences requises pour composer efficacement avec des problèmes sociaux pourtant très sérieux, contrairement aux Québécois, immigrants ou non.

Une autre perception inexacte a trait aux privilèges des autochtones. Des phrases bien enracinées comme «ils ne paient pas de taxes ni d'impôts, ils obtiennent tout gratuitement» font partie de notre mémoire collective. Mais combien d'entre nous sont conscients que les populations autochtones ont aussi été privées de droits lors de l'instauration de la Loi sur les Indiens, par le gouvernement fédéral, en 1876? Même s'ils ont droit à des exemptions d'impôts, à condition de vivre sur les réserves, les Indiens ne peuvent pas en profiter tout simplement parce que leurs revenus sont insuffisants. De plus, le taux d'emploi n'y atteint pas, dans la majorité des communautés, la moitié de celui qu'on trouve dans l'ensemble du Québec!

La plupart de ceux qui vivent dans les réserves ne sont pas propriétaires des maisons qu'ils habitent, pas plus que du terrain sur lequel celles-ci sont construites. Les réserves sont des terres «fédérales» inaliénables, et les biens des personnes qui y vivent sont en principe insaisissables. De ce fait, impossible d'hypothéquer les maisons puisque les institutions financières refusent de prêter sans garantie. Cela constitue d'ailleurs un frein sérieux à toutes les formes de développement économique dans les réserves.

Contrairement à la légende urbaine, les occupants des maisons, tant chez les Indiens que chez les Inuits, sont tenus de payer les services afférents à l'habitation, y compris l'électricité. Dans les cas de mauvais payeurs, le service d'électricité ou de téléphone est interrompu comme partout au Québec.

L'impact des préjugés

Ces opinions toutes faites sont appelées des préjugés. Le milieu, l'époque et l'éducation reçue sont souvent responsables de ces idées préconçues. Ces préjugés qui visent généralement les immigrés portent tout autant sur les autochtones. Pourquoi prononce-t-on ces paroles, sachant qu'elles sont blessantes et souvent bien éloignées de la vérité?

Ces observations souvent négatives et superficielles font trop mal. Elles sont lourdes de conséquences. Chacune d'elles finit par entraîner une perte d'estime de soi et une perte de confiance en ses capacités. Il devient alors plus difficile de se valoriser, de gagner le respect des autres et, surtout, de se défaire de cette image peu reluisante.

En groupe, c'est une épine dangereuse dans le pied du Québec et du Canada. En effet, même s'il est toujours dangereux de faire des parallèles, on ne saurait passer sous silence la possibilité de voir évoluer l'attitude des autochtones pour se faire entendre, surtout les jeunes, friands de télévision, qui, comme vous et moi, écoutent les nouvelles en provenance du Moyen-Orient.

Le Québec détient le plus haut taux de suicide au pays et se classe semble-t-il au troisième rang des pays industrialisés. C'est la première cause de mortalité chez les garçons de 15 à 29 ans. À qui doit-on ce triste record? Aux jeunes autochtones. Pourquoi? Pour tout ce qui précède. Plus de rêves. Le manque certain d'un avenir décent. Le jour où ces jeunes autochtones se feront laver le cerveau par un leader charismatique, ils risquent de se laisser entraîner sur la pente du terrorisme. Tant qu'à mourir, pourquoi ne pas s'attacher une bombe autour de la taille... dans un centre commercial québécois!

Certes, si les Québécois «de souche» et les «nouveaux arrivants» ont des devoirs de respect mutuels, il ne faut pas mettre aux oubliettes les premiers peuples qui occupent toujours le territoire que nous partageons tous.

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