Le Canada et la Bulgarie: contrastes et affinités

Le 1er janvier 2007 a marqué l'accession de la Bulgarie au sein de l'Union européenne. Cet événement historique est l'occasion de jeter un regard sur ce pays qui par son courage et sa détermination a su relever les défis de cette trajectoire.

Malgré les différences de langue et de culture qui existent entre le Canada et la Bulgarie, les nombreuses affinités que nous partageons, conjuguées à un environnement propice aux investissements et au dynamisme de la nouvelle génération de Bulgares, devraient inciter les entrepreneurs canadiens à s'intéresser davantage à ce nouvel adhérant à l'Union européenne. Une telle démarche serait susceptible de les aider à rayonner à l'échelle internationale tout en bénéficiant d'un accès privilégié à l'espace économique européen sans parler de l'ensemble des Balkans.

Héritages variés

Aux confins de l'Europe géographique, la Bulgarie marie les héritages slave, byzantin, grec, russe et occidental. À ce savant mélange s'ajoute l'influence ottomane qui a débordé le territoire de la Turquie moderne durant plusieurs siècles.

Le Canada et la Bulgarie sont deux pays dont les relations n'ont pas été favorisées par la géographie et les liens particuliers auxquels donne lieu la proximité. Le Canada a historiquement été tourné vers les États-Unis, mais également vers la France et l'Angleterre dont sont issus les premiers immigrants qui ont contribué à l'édification du pays. La Bulgarie a pour sa part été tournée vers les pays de la mer Noire, de la mer Égée et ceux de la mer Adriatique.

Dans le giron de l'après-guerre, alors que la Bulgarie était intégrée dans la sphère d'influence soviétique, le Canada a entretenu des relations cordiales mais modestes avec la Bulgarie. Le Canada la percevait alors comme l'une des fenêtres lui permettant de dialoguer et de composer avec le monde communiste. C'était l'époque où le Canada cherchait à contribuer à l'esprit de la «détente» qui caractérisait l'évolution des rapports entre l'Est et l'Ouest.

Avec la chute du rideau de fer en 1989, la Bulgarie a traversé une période de changement radical qui a bouleversé ses institutions et son économie, alors fortement intégrée dans le Comecon (l'espace politico-économique des pays de l'Est). La crise sociale et économique découlant de l'effondrement de ce système a créé un environnement volatile où les impératifs de survie se sont manifestés sous différentes formes.

La transition vers une économie de marché au début des années 90 fut longue et contestée mais réussie malgré un environnement géopolitique qui était à l'époque perturbé en raison notamment des conflits en Serbie et au Kosovo. Malgré le climat de volatilité de la région, la Bulgarie a joué un rôle positif en matière de sécurité régionale en faisant preuve de tolérance et entretenant de très bonnes relations avec les pays voisins.

Particularités

Comprendre la Bulgarie, nécessite une sensibilisation à quelques-unes des subtilités de l'esprit bulgare. [...] Les 45 ans de communisme et de totalitarisme ont laissé leurs traces de méfiance et de soupçon. Ce qui fait que les Bulgares en général, surtout ceux ayant fait carrière à l'époque du rideau de fer, ne sont pas animés d'une très grande spontanéité, au point que les premières rencontres avec eux peuvent laisser assez perplexe, ce qui tend à rendre tout dialogue assez hermétique et toute tentative de conclusion assez hasardeuse.

Un certain particularisme mérite d'être souligné. En Bulgarie, le hochement de la tête de haut en bas signifie «non» alors que le mouvement de la tête de la gauche vers la droite signifie «oui» — le contraire de ce que nous avons l'habitude de reconnaître au Canada.

La détermination et le dynamisme de la nouvelle génération qui a émergé de l'après-communisme n'est pas sans rappeler la vague de changement qui a caractérisé la Révolution tranquille. Une détermination animée d'une ouverture sur le monde et d'un désir de construire un avenir ancré dans les valeurs du projet européen de liberté, de démocratie, de respect et du développement de la personne humaine.

Les liens historiques ayant existé entre la Bulgarie et l'empire ottoman peuvent également frapper l'observateur qui s'intéresse à ce pays. En effet, sur un plan ethnoculturel, la population comporte outre une majorité de 80 % de Bulgares, environ 11 % de turcophones et 8 % de tziganes (Roma). Au chapitre de la confessionnalité, environ 85 % de la population est orthodoxe, 10 % musulmane et 2 % catholique.

Même si ce lien est parfois délicat à établir en Bulgarie, il est étonnant de voir comment l'artisanat en Bulgarie comporte des similitudes avec d'autres pays ayant fait partis de l'Empire ottoman comme la Tunisie, la Grèce sans parler de la Turquie elle-même. Certains éléments de la cuisine reflètent d'ailleurs ces influences: le yaourt (dont on attribue l'invention aux Bulgares), les kebabs, la moussaka et les baklavas, pour ne mentionner que ceux-là.

En ce qui a trait à l'évolution historique du pays, l'affiliation de la Bulgarie avec la Francophonie et l'ascendance qu'a notamment exercée la France sur l'esprit républicain bulgare et sur l'affranchissement de ce que les Bulgares appellent le joug ottoman méritent d'être soulignées. Dans le processus de modernisation du vocabulaire bulgare qui a suivi l'avènement du nouvel État bulgare en 1878, le français a constitué une source d'inspiration pour introduire de nouveaux mots, certains de nature utilitaire comme: trottoir, balcon, bibliothèque, fauteuil, cacophonie, d'autres un peu plus techniques comme obligations, actions, hypothèques, bourse, d'autres un peu plus descriptifs comme physionomie et relief. [...]

Sur le plan juridique, la Bulgarie, pays de tradition civiliste, s'est récemment inspirée du nouveau Code civil québécois pour mettre à niveau son propre code dans le cadre de ses négociations avec l'Union européenne.

Ce qui rappelle le Canada

La Bulgarie n'est pas sans rappeler le Canada en raison de l'attachement profond du peuple bulgare à son identité nationale, à la défense de sa langue et même de sa religion au fil des siècles, malgré son statut minoritaire. Les Bulgares sont souvent bilingues, c'est-à-dire parlant le bulgare et au moins une autre langue étrangère (autrefois le français maintenant l'anglais; mais également l'espagnol et le russe). Alors que le Canada est une monarchie constitutionnelle, la Bulgarie, malgré son statut de république, n'est pas indifférente à la monarchie dont est issu l'ancien premier ministre Siméon de Saxe-Cobourg Gotha (ex-roi de Bulgarie Siméon II).

La tradition étatique qui a caractérisé le pays durant plusieurs siècles et l'esprit européen qui anime le peuple bulgare et son ouverture sur le monde ne doit pas nous faire oublier son apport civilisationnel, notamment par l'entremise de l'invention de l'alphabet cyrillique, aujourd'hui utilisé en Bulgarie mais également en Russie.

Malgré les contrastes qui les caractérisent, le Canada et la Bulgarie ont en partage de nombreuses affinités: les deux peuples sont pacifistes; ils n'ont aucune ambition hégémonique; ils appartiennent au grand espace francophone.

La Bulgarie d'aujourd'hui fait face à deux défis importants: le vieillissement de la population, tout comme les autres pays occidentaux, et l'exode des cerveaux. Les statistiques à cet égard sont quelque peu préoccupantes. D'une population de 8,7 millions en 1990, la population du pays se situe maintenant aux environs de 7,7 millions. La moyenne d'âge est également passée de 37,5 ans en 1990 à 41 ans en 2003. Ces données pourraient être associées à une perte de confiance dans les perspectives d'avenir du pays.

En même temps, les transformations réalisées ont incité de nombreux émigrants à revenir. Il reste à espérer que le rythme des changements opérés sera suffisamment rapide pour permettre au pays de stabiliser ces départs, d'augmenter les retours et de rebâtir cette confiance en l'avenir. [...]

Alors que la Bulgarie intensifie son intégration à l'Union européenne, et que le Canada poursuit son intégration nord-américaine, il serait souhaitable, dans un souci d'équilibre, de ne pas oublier l'importance de cultiver des rapports et des relations avec ce nouveau membre de l'U.E.

*Ce texte n'engage que son auteur.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.