Le capitalisme, un exemple de rigidité

Dans un texte publié dans Le Devoir du 20 décembre 2006, Nathalie Elgrably affirme que le salaire minimum et le syndicalisme pénalisent les travailleurs et rendent rigide le marché économique («Le salaire minimum, un exemple de rigidité»). Je m'oppose à cette vision qui enferme toute réflexion sur les logiques économiques dans un moule de néolibéralisme.

Rappelons certains faits sur l'évolution du capitalisme. Pendant la première révolution industrielle en Angleterre, les travailleurs ont d'épouvantables conditions de travail: des semaines de six jours, des journées de 15 heures, des locaux sales, mal aérés et bruyants et des horaires épuisants.

Étant donné l'absence de contraintes (salaire minimum, syndicalisme, réglementations) et la liberté parfaite de la main-d'oeuvre, les femmes et les enfants doivent travailler pour survivre.

Dès l'âge de six ans, ils entrent dans les mines ou dans les usines de textile et sont payés jusqu'à quatre fois moins cher que les hommes.

La liberté totale crée des abus. La négociation des conditions entre un employeur et ses travailleurs est un mythe pur et dur.

Affaire d'éthique

Dans la pensée capitaliste actuelle, l'élimination du salaire minimum et de toutes les protections du travailleur est idéale. Toutefois, les règles du marché néolibéral ne sont jamais appliquées rigoureusement pour créer un véritable marché libre. Les mesures protectionnistes américaines ayant causé la crise de 1929, le conflit du bois d'oeuvre, la crise forestière québécoise et la subvention massive des entreprises montrent bien que nous sommes encore loin d'un modèle prisé par certains économistes. Bref, l'idéologie d'Adam Smith est rapidement reléguée aux oubliettes!

La situation a-t-elle vraiment évolué depuis la première révolution industrielle? Dans les pays occidentaux, oui. Grâce aux combats des travailleurs et de libres penseurs, on a pu concrétiser certains concepts comme le syndicalisme, le salaire minimum, la journée de huit heures et la protection des travailleurs contre les principaux abus.

Dans les pays sous-développés, la situation est différente. Les hommes, les femmes et les enfants travaillent encore dans des conditions précaires pour de riches inconnus.

Au-delà de ces concepts en matière d'économie, il y a matière à réflexion sur l'éthique du capitalisme. Le paradigme économique nous enferme dans un mode de pensée absolu. Dans ces calculs économiques absurdes, on peut même attribuer une valeur à la culture, à l'être humain et à la vie. Peut-on appréhender le travail d'une autre façon qu'en fonction des concepts de productivité, de rentabilité et de profit?

Salaire maximum

Il serait intéressant de tourner les idées néolibérales de Nathalie Elgrably à l'envers. Pourquoi ne pas instaurer un salaire maximum? L'intérêt de gagner toujours plus d'argent serait amoindri de façon significative puisqu'on ne pourrait même pas profiter de cet argent.

En calculant grossièrement les avoirs des dix personnes les plus riches au monde, on pourrait redistribuer à la communauté mondiale des sommes totalisant environ 280 milliards de dollars. On éliminerait aussi tous les paradis fiscaux puisque toute accumulation excessive de capital serait prohibée. Ces mesures n'empêcheraient pas le commerce dans sa nature même. Elles transformeraient une économie mondialisée et déshumanisée en une économie locale et communautaire.

Nous sommes responsables du salaire des riches parce que nous continuons à consommer leurs produits, à les aduler et à considérer comme absolues les règles économiques de notre système capitaliste. En véhiculant des idées sur l'abolition du salaire minimum, on contribue à augmenter les iniquités entre les riches et les pauvres de toute la planète. La justice n'existera que lorsque le despotisme du pouvoir économique sera limité.