Libre-Opinion: Plus jamais Mirabel!

Moment historique, lundi à Sainte-Scholastique, quand le premier ministre du Canada est venu annoncer, en personne, le retour de 11 000 acres de terres agricoles aux expropriés de Mirabel. Il aura fallu plus de 37 longues années pour qu'on répare une des injustices les plus terribles de l'histoire du Québec agricole.

Une véritable saga a ainsi pris fin, une saga épouvantable, n'ayons pas peur des mots, pour des gens dont certains se sont fait déposséder d'un bien qui était dans la famille depuis des générations, avant même que la Ville de Mirabel n'existe.

L'émotion était vive parmi les agriculteurs présents, qui ont récupéré ce qui est le plus cher au coeur de gens comme nous: leurs terres. Je veux saluer leur détermination et leur ténacité, eux qui, devenus locataires «chez eux», ont continué malgré tout à cultiver ces lots et à livrer bataille avec l'espoir qu'un jour on leur rendrait enfin leur bien. Ce jour-là est enfin venu!

La race qui se tient debout

Je ne peux m'empêcher de penser à quel point aurait été heureux d'y assister le regretté Jean-Paul Raymond, agriculteur qui en avait fait le combat de sa vie, lui dont Mirabel était la troisième expropriation, après une autoroute et une ligne à haute tension!

Cette bataille qu'il a menée au nom de la dignité et de l'espoir, ce combat qui semblait plus grand que lui, il l'a enfin gagné à travers ceux et celles (le Comité des 11 000 acres notamment) qui ont repris le flambeau de ses mains et qui y ont cru, eux aussi. Là où d'autres auraient pu baisser les bras, eux ne l'ont pas fait. Ils sont de cette race qui se tient debout.

Qui ne se souvient pas de la gifle qu'ils ont dû encaisser, encore, il y a deux ans, en essuyant le refus des gouvernements dans leur tentative d'obtenir des excuses pour avoir été chassés inutilement de leurs terres? Certains représentants du pouvoir leur avaient alors répliqué qu'il n'y avait pas lieu d'«activer ainsi le ressentiment» ou de «pleurer sur le passé». «C'est une autre claque en pleine face», avait conclu à juste titre un des expropriés, outré d'un traitement aussi cavalier. On a pu voir à quel point alors la cicatrice était encore sensible même si la «déchirure» remonte à deux générations.

Facile à comprendre. De tous les drames qui peuvent marquer l'existence d'une famille, l'expropriation est un de ceux qui comptent parmi les plus pénibles. Pour n'importe qui, en effet, il est difficile de se faire expulser de chez soi, de se voir retirer son bien, ses racines, son histoire, voire tout ce qui donne un sens à sa vie.

Mais c'est encore plus vrai pour nous, agriculteurs et agricultrices, parce que la terre est non seulement un refuge mais aussi un gagne-pain, et ce, très souvent depuis des générations. Il y a là une relation intime et forte, une symbiose. Et la pilule est encore plus dure à avaler quand, à l'instar de Mirabel, il y aurait eu moyen d'agir autrement... Quel gâchis!

Un patrimoine

Les terres agricoles constituent un patrimoine précieux, d'un point de vue tant individuel que collectif. Si le développement a ses exigences, nous avons le devoir, comme société, de protéger ce patrimoine chaque fois qu'il y a des solutions de remplacement.

À tous les ans, au Québec, on perd en moyenne 4400 hectares en zone agricole, soit l'équivalent de la superficie de l'île de Montréal à toutes les décennies! C'est l'évidence qu'il faut mieux protéger nos terres agricoles. Et je me réjouis de voir qu'aujourd'hui, des politiciens s'y montrent sensibles et rejoignent en cela une population très majoritairement de cet avis, à 98 % d'après les sondages.

Mirabel est un douloureux symbole qui doit nous servir de leçon: plus jamais!

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