Lettres: Le salaire des médecins, un écart à géométrie variable

Le temps des Fêtes est une occasion de faire état d'un problème pourtant persistant, celui de la pauvreté, en particulier celle des familles et, conséquemment, celle des enfants. Dans le contexte d'une société de plus en plus sensible à la solidarité sociale, le salaire moyen annuel des médecins spécialistes, de plus de 250 000 $, est à juste titre une source d'indignation et même de scandale. Comme le disait Michel David dans sa chronique du 12 décembre au sujet de l'équité qu'invoquent les médecins spécialistes: «C'est bien beau la justice et l'équité, mais il y a aussi la solidarité.»

Or même l'équité a pour fonction d'éviter les excès que comporterait l'observance stricte d'une justice simpliste. On a affaire à une telle justice quand, au nom d'une justice simplement quantitative, on procède à l'évaluation du salaire des médecins à l'aide de la comparaison de ce qui, chiffres en main, se fait ailleurs au Canada ou aux États-Unis. Cette justice chiffrable frise même la malhonnêteté quand la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) ne retient comme point de comparaison que ce qui est à son avantage et ne considère pas le reste: le coût peu élevé de la formation médicale au Québec, le niveau de vie plus bas ici et conséquemment le prix moins élevé des résidences luxueuses qu'occupe la classe médicale ou encore le fait que, dans certains pays européens, le salaire des médecins est loin d'afficher un aussi grand écart avec les revenus de la population en général.

La simple équité exige donc que le salaire des médecins québécois s'évalue à la lumière de l'ensemble de la vie sociale et économique du Québec et en comparaison avec le degré de pauvreté ou de richesse au sein de la population où s'exerce la pratique médicale. Le gouvernement du Québec doit éviter de céder aux exigences néo-libérales d'un corporatisme professionnel dont les membres sont déjà hautement privilégiés. Il faut se réjouir que des médecins aient entrepris des mesures disciplinaires à l'encontre des pratiques de négociation de la FMSQ et du fait que la nouvelle génération de médecins semblent manifester un moins grand appétit financier au profit d'une plus grande solidarité sociale avec leurs concitoyens.