Libre opinion: Stéphane Dion devrait renoncer à sa nationalité française

De très nombreux commentaires ont été formulés par des personnalités politiques, des éditorialistes, des chroniqueurs et de simples lecteurs au sujet de la double nationalité, canadienne et française, dont jouit Stéphane Dion.

Certains grands quotidiens qui nous avaient habitués à plus de rigueur ont même soutenu que le débat sur cette question était «pour le moins absurde». D'autres ont fait une mauvaise présentation de la question en remettant en cause le droit de tout citoyen de posséder deux ou plusieurs nationalités. Certains y ont même introduit des doutes au sujet de la loyauté envers le Canada de la part de ceux qui détiendraient une autre nationalité, et même de M. Dion lui-même.

Bien sûr, la question pertinente des conditions particulières que crée pour un leader politique canadien la détention d'une autre nationalité n'a été soulevée (et à mon avis méritait de l'être) que depuis que M. Dion est devenu chef du Parti libéral du Canada, chef de l'opposition officielle à Ottawa et potentiellement premier ministre du Canada.

Soumis aux lois

Le débat a malheureusement pris toutes sortes de tangentes. Il me semble pourtant que la question est fort simple. Quand vous possédez deux ou plusieurs nationalités, et que vous vous trouvez, même temporairement, dans le pays d'une de ces nationalités, vous êtes soumis aux lois de ce pays. Ainsi, même si vous êtes Canadien, si vous êtes d'âge à faire votre service militaire et que vous détenez la nationalité d'un pays où le service militaire est obligatoire, vous serez tenu de faire ce service militaire, durant les années requises, si vous vous rendez dans ce pays.

Bien sûr, ce n'est pas le cas de M. Dion. Mais le principe demeure. Ainsi, lors d'un prochain séjour en France, M. Dion, surtout s'il était premier ministre du Canada, devrait demander une dérogation spéciale afin de jouir de l'immunité diplomatique complète qui est normalement accordé aux chefs d'État et de gouvernements étrangers. Sinon, en cas de pépins ou d'accidents, il serait soumis aux lois françaises comme tous les citoyens français. Il me semble que ce serait un bon conseil à donner à M. Dion de faire en sorte qu'il ne se trouve pas dans cette situation.

Pour épiloguer encore un peu sur cette question, vous vous souviendrez de la saga qui avait opposé Conrad Black à Jean Chrétien, alors premier ministre, sur l'obligation que les lois canadiennes faisaient à M. Black de renoncer à sa citoyenneté canadienne pour détenir le titre de Lord, en Grande-Bretagne. M. Black a renoncé, à l'époque, à sa nationalité canadienne. Les lois sont encore les mêmes.

Reste ensuite la question d'éventuels conflits d'intérêts. Jamais je n'introduirais le moindre doute au sujet de la loyauté du nouveau leader libéral envers son pays de naissance, mais il me semble que les règlements et les coutumes, respectés depuis un bon moment, font également obligation à ceux qui détiennent des charges publiques d'éviter même les apparences de conflits d'intérêts. On ne peut pas ignorer que de telles situations pourraient très bien se présenter, et peut-être assez tôt dans les nouvelles fonctions du chef de l'opposition.

Je crois donc que plus tôt M. Dion réglera cette question, même si elle peut paraître délicate, plus tôt on pourra se concentrer sur les idées et les projets qu'il présente.

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