Lettres: Un Sénat triple S

Pour savoir s'il vaut mieux que les membres du Sénat soient élus plutôt que nommés, il faut tenir compte de la fonction qu'on veut voir exercer par ce corps législatif et préciser quel genre de personnes sont aptes à la remplir.

Paradoxalement, ce qu'on connaît le plus de la mission du Sénat, c'est d'être généralement méconnue. Il en est ainsi parce que, contrairement à la fonction de la Chambre des communes, celle du Sénat fait qu'il oeuvre loin des feux de la rampe. La Chambre des communes se doit de légiférer davantage à la petite semaine pour traiter des problèmes de vie collective à court ou à moyen terme. À l'inverse, la fonction actuelle du Sénat, qui mérite d'être préservée, consiste à procéder à des études de fond et de long terme qui placent la législation canadienne dans une perspective d'ensemble mûrement réfléchie. Ses travaux doivent donc être à l'abri de l'urgence et des contraintes de l'électoralisme.

Les membres du Sénat doivent être sélectionnés sans le parti pris de la politique partisane. Il doit s'agir de personnes plus studieuses qu'ambitieuses et qui soient, indépendamment de l'image, reconnues comme des personnes sages. Pour avoir un Sénat triple S (sélectionné, studieux, sage), il conviendrait que ses membres soient nommés par un comité composé de représentants de tous les partis de la Chambre des communes, ouvert aux suggestions de tous les secteurs de la société. Le choix de ce comité serait entériné par le Premier ministre.