Lettres: Discussions ardues à l'horizon

Le Devoir du 4 novembre 2006 a récemment publié, sous la plume de Mathieu Bock-Côté, un texte d'une grande lucidité pour décrire l'impasse créée par le discours néonationaliste qui a entraîné le «basculement d'un modèle à l'autre», soit «le passage au nationalisme civique désendetté de son passé canadien-français».

D'autre part, Mme Bombardier a repris cette opinion en accusant les concepteurs de ce néonationalisme d'avoir délibérément noirci notre passé. Le mal, nous dit-elle, est tel que plutôt que d'éveiller la fierté de notre jeunesse, ce discours a semé la honte. Aussi s'applique-t-elle à démontrer que ce nouveau modèle «vidé de son essence» fait en sorte que le nationalisme civique québécois est de même nature que le nationalisme ontarien, saskatchewannais ou albertain. Bref, elle nous fait comprendre que ce concept de nationalisme mène à un cul-de-sac.

Il s'agit là de débats importants, et l'actualité est là pour nous le rappeler au cas où nous voudrions les oublier. Il y a d'abord celui qui déchire le Parti libéral du Canada, aux prises avec une résolution sur la reconnaissance du Québec. D'autre part, le public de Radio-Canada a eu droit à un exercice de réflexion où des intellectuels se sont assemblés pour analyser le sens des écrits d'Hubert Aquin et de son fameux texte sur la fatigue culturelle des Canadiens français. Au même moment, on est informé du lancement du Mouvement démocratie-souveraineté. Son fondateur, le juge Marc Brière, ne reconnaît pas que le Québec est une nation et est plutôt favorable à «l'esprit de la nation civique». Par ailleurs, l'historien Gérard Bouchard dit n'être pas très à l'aise avec ce concept tandis que le sociologue Guy Rocher cherche à démontrer la «cohérence historique et intellectuelle du mouvement nationaliste d'abord canadien-français puis québécois». Au coeur de toutes ces opinions contraires, y aurait-il un chemin pour sortir de l'impasse ou devrions-nous, comme le suggère l'historien Jocelyn Létourneau, accepter de vivre notre «ambivalence»?

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Claude Poulin

Sillery, le 14 novembre 2006