Lettres: Rabaska: manne ou tsunami?

Il y a quelques mois, le ministre de l'Environnement Thomas Mulcair s'est fait remercier de ses services peu après s'être positionné au sujet du projet Rabaska. Aujourd'hui, à quelques semaines des audiences publiques du BAPE, c'est au tour d'un étudiant au doctorat des sciences de l'éducation, Patrick Plante, de se faire couper les ailes.

Pour susciter une aussi grosse vague, M. Plante a assurément touché une corde sensible chère à l'industrie des croisières. Ayant appartenu au milieu maritime durant 35 ans, j'ai l'impression que cette corde sensible est la même pour toute l'industrie maritime, que l'on parle des pétrolières, des armateurs en général ou des propriétaires de navire, c'est la loi du commerce «just in time».

L'industrie maritime sait pertinemment qu'il n'y a qu'une voie navigable pour se rendre à Québec et que tous les navires doivent obligatoirement emprunter le chenal de la Traverse Nord, qui longe l'île d'Orléans de la pointe Saint-Jean jusqu'au cap Gribane, sur une longueur de 32 kilomètres. La largeur du chenal à cette hauteur n'est que de 305 mètres et sa profondeur est limitée à 12,5 mètres à marée basse.

L'industrie maritime est très sensible aux délais de leurs navires. Si on tient compte du fait que le méthanier transporte avec lui sa zone de danger en raison de la grande cargaison dangereuse qu'il transporte, il est évident que celui-ci ne transitera pas dans la Traverse Nord en même temps que les paquebots, les pétroliers et les vraquiers de fort tirant d'eau.

Donc, quel sera l'impact réel sur les navires de croisière à la venue d'un port méthanier? Fuiront-ils le Québec advenant un incident ou un accident maritime impliquant un méthanier? Je crois que ce sont des questions drôlement cruciales pour toute l'industrie touristique. Ne serait-il pas moins catastrophique, du point de vue économique pour la région, de répondre à ses questions avant l'implantation du terminal méthanier plutôt que de voir fuir l'industrie des croisières après son implantation?

Denis Latrémouille

Ex-directeur régional de la sécurité maritime, Transports Canada

Lévis, le 15 novembre 2006