Lettres: Merci à la population de Sherbrooke

Le 15 novembre 1976, le Parti québécois prenait le pouvoir. J'étais élu député à l'Assemblée nationale du Québec. J'allais représenter pendant près de quatre ans et demi la population du comté de Sherbrooke.

J'avais 31 ans, une jeune famille: un garçon de trois ans, un autre de moins d'un an... Quel dérangement dans la vie d'une famille! Quel défi! Mais aussi quelle fierté que d'être ainsi appelé à servir comme élu du peuple.

Je rappelle ces souvenirs avec une grande émotion, et néanmoins une certaine humilité. J'aurai servi la population de mon comté, l'espace d'un mandat, avec toute l'ardeur, la force, l'énergie de convictions civiques bien ancrées. Avec une part d'idéalisme et de vulnérabilité bien caractéristique de ma jeunesse et de ma personnalité.

L'engagement politique est exigeant. Il peut parfois devenir tyrannique. On a trop tendance à ignorer combien le désintéressement et le dépassement personnel comptent parmi les conditions incontournables de la fonction d'élu du peuple. (Cela vaut pour la plupart des politiciens que j'ai connus, tous partis confondus.) On ne devient pas riche à exercer ces fonctions, qui comportent des gratifications, mais sont par moments ingrates. Le prix à payer pour l'élu, sa famille et ses partisans est parfois considérable. Mais servir un idéal, mettre en oeuvre ses convictions en faveur du progrès de sa communauté, de son pays ( présent ou à venir), voilà qui vaut toujours la peine qu'on prenne le risque radical de l'engagement politique!

En ce jour anniversaire, je veux exprimer ma fierté et ma gratitude à la population du comté de Sherbrooke pour m'avoir choisi il y a trente ans comme son député dans le premier gouvernement dirigé par René Lévesque.

Je me souviens. Merci.

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Gérard Gosselin

Sherbrooke, le 15 novembre 2006