Lettres: Aider ou cesser de nuire ?

Daniel Germain, l'organisateur de la conférence Promesse du millénaire de Montréal qui se déroulait la semaine dernière, rêve d'un «Davos de l'humanitaire». Est-ce là de la pure inconscience ou un réflexe schizophrénique? La question se pose.

Ne sait-il pas qu'avant d'aider il faut d'abord cesser de nuire? Que ce sont très souvent les mêmes qui se glorifient de faire la charité aux pauvres avec leur fondations privées et qui privent l'État de moyens? C'est pourtant là l'outil le plus efficace pour favoriser la redistribution de la richesse, la justice sociale et la lutte contre la pauvreté.

Or, ces grands bienfaiteurs et ces grandes corporations s'échinent à s'enrichir en ne contribuant équitablement aux revenus de l'État, de toutes les façons possibles (évasion fiscale, paradis fiscaux, fiducies du revenu, etc.), et en bénéficiant de privilèges fiscaux injustifiés (la Fondation Chagnon n'incarne rien d'autre). Plusieurs études prouvent que la tendance est telle que, dans un avenir pas si lointain, les bénéfices des sociétés seront à l'abri de tout type de contribution publique, avec toutes les conséquences que cela implique. Sans même parler de leurs actions en faveur de la privatisation de biens publics.

Bill Clinton peut continuer de faire son mea culpa, lui qui a approuvé une loi qui mettait fin à la garantie fédérale américaine (accordée à l'époque du New Deal) d'apporter une aide financière aux familles pauvres ayant des enfants à charge. Le but était de contraindre ses familles à trouver du travail (qui dans les faits s'est avéré inexistant) et d'économiser 50 milliards de dollars pour atteindre l'équilibre budgétaire sans toucher aux budgets militaires. Le but était-il aussi de paver la voie à ses futures actions de grand bienfaiteur?

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Catherine Caron, Montréal, le 11 novembre