Libre-Opinion: En direct du Nunavik

En ce moment à Nairobi a lieu la deuxième conférence des Nations unies pour les pays signataires du protocole de Kyoto. Le but de la rencontre consiste à «trouver une solution mondiale vraiment efficace à la menace des changements climatiques», comme l'a annoncé la ministre de l'Environnement du Canada, Rona Ambrose, à l'ouverture de la conférence.

En ratifiant le protocole de Kyoto, le Canada s'est engagé à réduire d'ici 2008-12 ses émissions de gaz à effet de serre à 6 % sous leur niveau de 1990. Or le gouvernement conservateur juge cet objectif impossible à atteindre puisque les émissions actuelles se situent à 35 % au-dessus de celles de 1990.

Devant ces chiffres, le gouvernement du Canada se prépare à demander un nouveau plan d'action pour lutter contre le réchauffement climatique. En d'autres mots, il veut une révision complète du protocole afin d'y favoriser des objectifs à long terme. Pour un pays qui était au premier plan lors de la conférence à Montréal, sommes-nous en train de gagner du temps avant de passer à l'action? Malgré nos belles allocutions, quelle est notre véritable volonté politique?

Unanimité sur le terrain

Je suis présentement au Nunavik pour réaliser ma maîtrise sur l'impact des changements climatiques sur les communautés nordiques. Déjà, en quelques semaines, je suis étonnée de voir l'unanimité des Inuits sur cette problématique. La période de gel se fait attendre de plus en plus chaque année, et ce, depuis sept ans déjà. De la même manière, le dégel des glaces s'effectue plus tôt en raison des températures plus élevées enregistrées au cours des dernières années.

Pour les chasseurs et les pêcheurs, cette réalité représente beaucoup car les déplacements à l'extérieur du village exigent le gel des lacs. Par ailleurs, la faune et la flore semblent également être touchées par les changements environnementaux. Les ours polaires se déplacent de plus en plus près des côtes au lieu de chasser sur la banquise fragilisée. De plus, de nouvelles espèces animales sont observées, comme les hirondelles, les castors et les orignaux.

Bref, il s'agit d'une expérience unique afin de constater concrètement ce que la littérature scientifique publie depuis déjà quelques années. En ce sens, je crois que nous sommes encore à l'ère de l'évaluation. Nous évaluons les impacts, nous compilons les données qui, peu à peu, démontrent avec plus de certitude les preuves des changements climatiques, notamment pour les régions arctiques. Mais combien d'années seront nécessaires pour faire réagir le pouvoir politique?

Cette semaine à Nairobi, les seuls pays présents sont ceux qui ont ratifié le protocole à Kyoto, dont le Canada. Mais quelle est la véritable intention de notre pays? En favorisant des objectifs à long terme, combien de temps allons-nous encore «gagner» avant d'opter pour un plan concret?

Dans tout cela, un fait est drôlement intéressant: les Inuits semblent surpris que je m'intéresse à cette question dans leur village. Ils pensent que tout le monde est au courant que nous subissons un réchauffement accéléré. Il faut préciser que le réchauffement de l'Arctique canadien est deux fois plus rapide qu'ailleurs. Ainsi, ils ne semblent pas se rendre compte qu'ils sont les témoins «privilégiés» de cette problématique.

Mais qui comprend vraiment ce qui se passe dans le Nord? Pour les scientifiques qui oeuvrent dans le domaine depuis déjà plusieurs années, il est évident que le problème n'est ni un manque de connaissances scientifiques ni un manque de technologies pour stabiliser les émissions de gaz à effet de serre mais bien un manque de volonté politique.

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Judith Alain, Étudiante en maîtrise sur les changements climatiques à l'Université Laval