Libre-Opinion: Immobilistes, les citoyens organisés ?

Les citoyens organisés font avancer le Québec. Quoi que certains en pensent. D'ailleurs, les citoyens se sont toujours organisés: pour faire une corvée, bâtir une église, créer une caisse populaire. Bien loin de se cantonner dans un rôle de «chiâleux», c'est en se regroupant et en travaillant ensemble que les Québécois et les Québécoises ont fait bouger leur milieu de vie, ont développé, innové. Et c'est toujours le cas.

Les groupes communautaires, écologistes, féministes et autres contribuent au développement de la société québécoise. Ils ont créé des services juridiques qui ont inspiré la création de l'aide juridique. Des cliniques de santé ont été mises sur pied, précurseurs des CLSC. Des parents ont créé la réponse à un besoin criant: les garderies populaires sont nées. Un réseau de CPE s'étend maintenant sur tout le territoire. Des projets créateurs d'emplois et innovateurs comme celui du technopole Angus dans le quartier Rosemont, à Montréal, participent au développement d'une autre façon.

Ramasser les pots cassés

Les citoyens se sont aussi organisés pour ramasser les pots cassés par la société ou par la violence. Des refuges ont été créés pour secourir les sans-abri, d'autres pour accueillir les femmes victimes de violence conjugale. Des services de répit offrent un court repos aux parents d'enfants autistes, déficients intellectuels ou autre. Des alternatives en santé mentale permettent à des milliers de personnes de chercher à s'en sortir sans institutionnalisation et à vivre dans la dignité. Des coopératives offrent une solution aux problèmes de logement des locataires à faible revenu. Des cuisines collectives et autres alternatives permettent à des familles et à des individus de combattre la faim et l'insécurité alimentaire.

La liste s'allonge ainsi indéfiniment de toutes ces initiatives qui voient le jour grâce à l'engagement et au dévouement de milliers de personnes qui croient profondément que le développement ne doit pas se faire sur le dos des plus vulnérables et qu'il doit y avoir une place pour tous et toutes au soleil.

Et c'est justement quand les intérêts des plus forts cherchent à pousser dans l'ombre les plus défavorisés, ou encore à compromettre nos possibilités de laisser un monde viable à nos enfants, et bien c'est là que les citoyens organisés s'opposent et dénoncent.

Les groupes communautaires sont fiers d'être les premiers aux barricades quand il s'agit d'empêcher le petit nombre d'accaparer les ressources au détriment de ceux qui les entourent. Non, ce n'est pas du développement quand une poignée d'affairistes appauvrissent les gens ou encore minent leurs conditions de vie ou de travail ou détruisent l'environnement. Il ne s'agit pas là d'une forme de développement souhaitable pour notre société. La loi du plus fort, ça ne profite jamais qu'aux plus forts après tout!

Ce qu'on aurait pu éviter

Si on écoutait plus souvent ces «immobilistes», il y a tant de pots qu'on n'aurait pas cassés. On n'aurait pas rasé tant de maisons inutilement le long de la rue Notre-Dame. On n'aurait pas épuisé les stocks de morue, conduisant ainsi toute une région au chômage. On n'aurait pas «désinstitutionnalisé» sans préalablement mettre en place des services dans la communauté, ce qui a entraîné tant de gens vers la rue. On n'aurait pas aboli la gratuité des médicaments pour les plus défavorisés, ce qui a conduit à une hausse des hospitalisations... On n'aurait pas construit l'aéroport Mirabel, tiens!

Et si on les écoutait un peu plus encore aujourd'hui, on ne construirait pas un nouveau pont pour faire entrer toujours plus d'automobiles à Montréal, on ne braderait pas une partie d'un parc national au profit de promoteurs immobiliers, on ne permettrait pas à nos Alouettes de gruger le mont Royal, etc.

Oui, les citoyens et les citoyennes vont continuer à s'organiser, pour résister quand cela est nécessaire, mais aussi pour développer un Québec pour tous et toutes qui tient compte des générations qui suivent. Ça s'appelle être responsable, lucide et solidaire! Une démocratie en santé est une démocratie où les citoyens sont intéressés par le développement de leurs communautés et mobilisés pour agir.

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France Brochu, Corporation de développement communautaire de Rosemont

Marie-José Corriveau, Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)

Jean-Yves Joanette, Table régionale des Organismes volontaires d'éducation populaire (TROVEP) de Montréal

Denyse Lacelle, Conseil communautaire Notre-Dame-de Grâce

Luc Rabouin, Centre d'écologie urbaine

Maggie Saint-Georges, Solidarité Saint-Henri

Karine Triollet, Action-Gardien, Table de concertation communautaire de Pointe-Saint-Charles

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