L'égoïsme social du boomer

Il y a de cela quelques semaines, l'émission La Facture, diffusée sur les ondes de Radio-Canada, présentait un reportage sur un ensemble résidentiel voué, en totalité, à une clientèle de «boomers» de 55 ans et plus. Ce reportage fut à l'origine d'une réflexion plus vaste et profonde sur le vieillissement de la population, le pouvoir du troisième âge, mais surtout sur l'égoïsme croissant d'une société vieillissante et sclérosée.

Depuis des centaines d'années, bien que reconnaissant la sagesse et la valeur des personnes d'un âge certain, les sociétés se sont construites, dirigées et développées grâce à leur jeunesse. Plus que jamais, dans nos sociétés modernes, le jeune adulte est un moteur économique en puissance, idéateur et créatif, fertile et novateur. Nonobstant les facteurs culturels propres au ralentissement de la croissance démographique, le jeune Québécois, lucide, pense à son avenir.

Voilà que cet avenir est sans cesse freiné, depuis 30 ans, par une génération avide de loisirs, de gains et de liberté, qui idéalise ses fantasmes utopiques en se construisant un chaud cocon dans l'heure actuelle, sans même mettre en avant une vision, une anticipation d'un avenir allant plus loin que cinq ans. Le seul avenir souhaitable, pour ces gens, tient dans l'habitation d'un quartier «unique et homogène», récoltant de l'argent d'un système de pension pensé pour l'immédiat et non l'avenir, ne souhaitant que vivre de luxe, de confort et de matérialisme.

Cet égoïsme social tend vers l'abus et le despotisme quand, subtilement, ce boomer essaie même de s'exclure de la société en se construisant un paradis isolé, un ghetto de la tête blanche, brandissant fièrement cannes et Viagra.

Travailler pour eux

Comment peut-on espérer la survie d'une culture, d'une société qui prône des valeurs d'inclusion et d'altruisme alors que les individus qui la composent agissent en égoïstes paranoïaques, s'isolant de la jeunesse, de la pauvreté, de l'art, bref de la vie? Ils écrivent des livres sur leurs rêves et leur «condition», ils gouvernent une partie du Québec, ils sont à l'origine de programmes sociaux coûteux, d'une dette obèse, mais aussi de très bons coups qui se retrouvent annihilés et voilés derrière leur attitude hautaine et trop souvent aveugle.

J'apprécie fortement les nombreux programmes sociaux desquels je pourrais peut-être un jour bénéficier. Mais, pour le moment, je n'en jouis point. Parce que je travaille, je suis éduquée et je paie encore ma dette d'études. Parce que j'ai un enfant pour qui cela m'a pris des semaines à trouver une place intéressante en garderie. Parce que je consomme peu de soins de santé, presque pas de médicaments.

Je paie pour eux. Je travaille pour eux. Je suis lésée pour eux. Et au bout du compte, je n'aurai probablement jamais l'occasion de profiter des bienfaits de mon effort de jeunesse puisque ces programmes sociaux se seront tout simplement effondrés d'ici 20 ou 30 ans. Pendant ce temps, monsieur Boomer se construit une 'tite maison isolée, dans un quartier isolé. Il recycle peu, il se rappelle le «bon vieux temps» ou il s'envole vers d'autres pays pour se faire croire que la vie, c'est beau.

Pas de pouvoir gris

Malgré le discours de certains sociologues, je ne crois pas que le pouvoir d'avenir sera gris. Ces «gris-gris» sont trop occupés par leur personne et leurs loisirs pour se préoccuper de politique active, d'environnement, de développement économique.

Non, le pouvoir des 20 prochaines années appartiendra à ceux de ma génération. Celle que l'on nomme «X», qui a trop longtemps boudé ce fameux «X» sur un bulletin de vote, qui est plus éduquée, plus désillusionnée mais surtout plus déterminée à en finir avec la ouate, le nombrilisme et l'utopie.

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Geneviève Drolet, Montréalaise de 31 ans

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