Lettres: Une troisième voie

La lecture de l'entrevue avec Jocelyn Létourneau (Le Devoir, lundi 6 novembre) m'a permis de me rendre compte, une nouvelle fois, de l'étroitesse du débat en ce qui concerne le sentiment nationaliste des Québécois.

On peut être souverainiste ou fédéraliste, rien d'autre. Aucune nuance n'est acceptée dans ce débat. Lorsqu'on dit souhaiter que le Québec occupe librement ses champs de compétence à l'intérieur du Canada, on se moque en rappelant la boutade d'Yvon Deschamps. Mais en y pensant bien, «un Québec fort dans un Canada uni» n'est pas vraiment une boutade. C'est une troisième option tout à fait légitime, bien qu'elle n'ait pas droit de cité. Mario Dumont en a payé le prix il y a quelques années en se déclarant autonomiste. Fédéralistes, souverainistes et journalistes lui avaient alors tiré dessus en l'accusant de cacher son jeu. Ceux qui défendent cette idée sont des ambivalents aux yeux de M. Létourneau, ils sont des mous pour les souverainistes et des indécis pour les sondeurs.

Pourtant, la nuance semble être la seule chose qui rallie les Québécois, et M. Létourneau le démontre bien. Ce qui est apprécié ici, c'est un Parti libéral du Québec qui défend farouchement les intérêts du Québec ou un PQ qui met en veilleuse la souveraineté afin de se concentrer sur la gestion de la province. Cela ne démontre pas l'ambivalence des Québécois. Cela démontre plutôt qu'en marge du débat polarisé entre souverainistes et fédéralistes, il y a une troisième voie nuancée qui fait son chemin à travers élections et référendums, ramenant constamment à l'ordre les partis qui campent trop sur leurs positions.

Guillaume Couture