7 novembre 1991: la dernière parade soviétique - Le soubresaut final d'un mythe fondateur

Il y a 15 ans cette semaine, le 7 novembre 1991, l'Union soviétique célébrait la dernière fête de sa révolution fondatrice. Vieille de 74 ans, sa flamme vivotait encore, mais n'avait plus rien à voir avec l'incendie de 1917. Maintenue en vie artificiellement pendant des décennies, elle s'éteindra définitivement en quelques semaines avec le démantèlement de l'URSS.

Déjà les satellites de l'Europe de l'Est s'étaient émancipés du joug soviétique et du carcan autoritaire communiste. Puis vint le tour des pays baltes, ce qui provoqua les dernières velléités militaires du monstre, suivis de près par les autres républiques soviétiques. L'agonie du système soviétique, qu'on croyait devoir durer longtemps, allait s'accélérer rapidement jusqu'à l'abolition des institutions soviétiques le 31 décembre 1991.

La mort d'un mythe fondateur

En mettant fin à des siècles de régime impérial, la révolution bolchevique de 1917 a amorcé la modernisation de l'Empire russe, donnant naissance à un nouveau type d'État et de société, poussant le pays vers l'industrialisation de l'économie et le développement des masses grâce à l'accès universel à l'éducation.

Même si certains veulent croire qu'on lui a fait prendre le mauvais chemin, la Révolution d'octobre (selon le calendrier julien) a bien conduit le pays vers le totalitarisme et les purges dévastatrices.

Son élan s'est peu à peu ralenti, son ressort idéologique s'est épuisé. L'idéologie universelle qu'elle soutenait à l'origine s'est rétrécie et cantonnée aux frontières nationales avec Staline. Elle a soutenu la transformation d'un pays immense et complexe, et alimenté l'espoir de jours meilleurs. En définitive, l'URSS sera devenue une prison des peuples et des esprits.

Les drapeaux rouges de la nostalgie

Aujourd'hui, quelques nostalgiques agitent encore les drapeaux rouges le 7 novembre en souvenir d'un passé glorieux. La Russie, héritière de la grandeur de l'Union soviétique, a préservé et restauré certains symboles de cette période; on n'a qu'à penser au mausolée de Lénine sur la place Rouge, à l'hymne national hérité de Staline.

Le pays ne peut pas complètement s'appuyer sur ses vestiges d'un passé de «perdant», qui ne serait pas compatible avec la gestion actuelle du pays. Mais quels sont les mythes organisateurs de la Russie du XXIe siècle? Le régime actuel cherche à rétablir la dignité du pays en tablant sur la nostalgie soviétique, mais aussi sur la nostalgie impériale. Il replonge dans les souvenirs impériaux pour trouver des sources de légitimité.

Prenons pour exemple le rapatriement de la dépouille de l'épouse du dernier tsar, Nicolas II, en septembre dernier, et les tentatives de réhabilitation posthume dont ce dernier a fait l'objet. Il en résulte un assemblage hétéroclite de mythes qui ont en commun de rappeler la grandeur de la Russie et qui nous fait parfois craindre la dérive d'un nationalisme nostalgique.

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Kathia Légaré, Étudiante au doctorat en science politique à l'Université Laval

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