Libre-Opinion: L'industrie du bingo doit être relancée

La Régie des alcools, des courses et des jeux complète une consultation visant l'instauration de nouvelles règles du jeu devant relancer l'industrie du bingo au Québec alors que le ministre Jacques Dupuis devrait déposer ces nouveaux règlements dans un proche avenir. Nous lui enjoignons de le faire le plus rapidement possible. Il faut que le gouvernement donne enfin à l'industrie les moyens requis pour qu'elle puisse contribuer de façon significative à l'action des organismes de charité et de bienfaisance qu'elle finance. L'Association des gestionnaires des salons de jeux du Québec regroupe plus de 30 gestionnaires de salles de bingo qui travaillent avec plus de 500 organismes sans but lucratif et de charité du Québec.

L'industrie du bingo au Québec génère des ventes de 245 millions, en excluant le bingo en réseau de Loto-Québec. Ces 245 millions permettent de dégager 45 millions qui sont redistribués chaque année aux organismes bénéficiaires oeuvrant dans une foule de domaines.

Impact de la Loi sur le tabac

Depuis quelques années, l'industrie du bingo connaît des reculs significatifs et une baisse marquée de sa clientèle. Ce dernier phénomène est d'ailleurs fortement accentué depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur le tabac, le 31 mai dernier.

Malheureusement pour nous et pour les organismes bénéficiaires, notre clientèle est majoritairement constituée de fumeurs. Des statistiques préliminaires indiquent une diminution d'achalandage de 10 à 15 %, et il en découle une baisse de revenus de 10 à 40 % pour plusieurs organismes financés par le bingo. Notre association est ouverte à l'application de la nouvelle Loi sur le tabac mais réserve toutefois son jugement sur les conséquences que celle-ci aura sur le financement des organismes bénéficiaires. Le ministre Couillard ne devrait pas se surprendre si ces derniers lui demandent de compenser les revenus que le bingo ne peut plus générer.

Ce qu'il faut faire

Notre association veut que les nouvelles règles assurent vraiment la relance de l'industrie du bingo au Québec. Voici, selon nous, les éléments indispensables pour y parvenir.

- Les contrôles administratifs: avec l'application prochaine d'un taux de retour aux joueurs de 65 %, nous croyons essentiel que des mesures de contrôle strictes régissent toutes les activités liées au bingo pour qu'elles soient exemptes d'évasion fiscale, d'activités de blanchiment d'argent ou de malversations dans l'ensemble du processus.

- Le partage des revenus: la réforme proposée haussera fortement les frais assumés par les gestionnaires de salles. Pensons à la publicité et à la promotion découlant de la libre concurrence des salles, à l'embauche de ressources supplémentaires pour répondre aux nouvelles règles de contrôle et de vérification. Outre la fourniture de la salle, la Régie propose que les gestionnaires de salles assument les coûts d'une multitude de frais et services aux organismes bénéficiaires dont ils deviendront les mandataires.

Néanmoins, compte tenu des incertitudes liées à cette réforme ainsi qu'aux risques occasionnés par une concurrence accrue sur l'île de Montréal notamment, il est impératif que le partage des revenus soit de 60 % pour le gestionnaire et 40 % pour les organismes.

- Le plafond de gain par jour: depuis 30 ans, les plafonds de gain par jour n'ont pas bougé pour les jeux de bingo. L'offre actuelle de gain par jour ne permet pas de concurrencer les autres formes de jeux de hasard. En 1969, le plafond de gain permettait d'acheter une auto sport. Aujourd'hui, il ne suffit pas à l'achat d'une mobylette.

Nous faisons également face à la concurrence des bingos sur les réserves indiennes et sur Internet, qui offrent des gains nettement plus élevés que ce que nous pouvons proposer à nos joueurs, tout en favorisant le contournement de la Loi sur le tabac.

À l'heure actuelle, le plafond de gain quotidien est de 3500 $, avec un maximum de deux événements par jour. Nous recommandons une approche correspondant davantage aux besoins de la clientèle en matière de fréquence des événements et de diversification de la programmation en fixant un plafond de gain par événement et non par jour. Ce plafond, à la condition que le nombre de participants le justifie, serait d'un maximum de 7500 $ par session de jeu, avec un maximum de retour aux joueurs de 65 %.

Cette formule permettrait aux gestionnaires de salles de proposer à la clientèle des offres se différenciant des autres salles, créant du même coup une saine concurrence basée sur l'innovation dans la programmation et non uniquement sur la valeur du lot une fois par jour.

- L'offre de jeu: pour que l'industrie innove, se différencie et attire une nouvelle clientèle, nous proposons la tenue de quatre jeux progressifs, et ce, sur une période pouvant dépasser quatre semaines consécutives. Il faut aussi qu'on puisse avoir de la souplesse quant aux jeux aléatoires, aux jeux moitié-moitié, etc.

- Période d'implantation: notre clientèle est majoritairement constituée de personnes âgées que les changements risquent de bouleverser. Nous recommandons que les nouvelles règles soient implantées sur deux ans afin de permettre à l'industrie de s'adapter et surtout de bien en informer nos clients. [...]

Notre association et les organismes bénéficiaires seront satisfaits si les nouvelles règles permettent une relance rapide et durable de notre industrie. En cas contraire, nous défendrons activement nos convictions, car le Québec a besoin que les organismes financés par le bingo continuent leurs oeuvres.

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Benoît Bougie, Pierre Bougie, Jacques Harvey, Sylvain Tessier

Membres de l'exécutif de l'Association des gestionnaires privés de salles de bingo

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