Lettre: Poivre de Cayenne et batte de baseball

Le 21 octobre dernier, nous apprenions que Pierre Elliott Trudeau voulait faire espionner un Parti légalement élu par la population, le Parti québécois.

Ce fait nous démontre que l'on surestime généralement le degré de liberté d'expression toléré par le gouvernement fédéral et que l'on sous-estime en contre partie le pouvoir réel du premier ministre du Canada de contrôler cette expression.

Dans ce pays que l'on prétend démocratique, par exemple, l'actuel premier ministre Chrétien nomme tous les ministres et tous les sénateurs, il nomme le Gouverneur général du Canada et tous les lieutenants-gouverneurs, il choisit les juges de la Cour suprême, il met lui-même en place les hauts fonctionnaires de l'état ainsi que les ambassadeurs, il sélectionne les hauts dirigeants de la GRC et du Service de renseignements ainsi que le Directeur d'élection et les directeurs de scrutin et il désigne le conseiller en éthique qui va évaluer sa conduite, mais qui ne fait rapport qu'à lui-même.

Jean Chrétien contrôle effectivement le législatif, l'exécutif, le judiciaire, le policier, l'administratif et l'électoral et le Parlement n'est là que comme faire-valoir.

Jusqu'à tout récemment, il avait à sa disposition un dossier personnel sur 34 millions d'individus morts ou vivants au Canada enregistrés à leur insu dans le fichier longitudinal sur la main-d'oeuvre que le Bloc québécois a fait démanteler.

Il avait également un dossier sur la plupart des journalistes concocté par le Bureau d'information du Canada sous la responsabilité du Camarade Gagliano qui vit maintenant au Danemark.

Un pouvoir tellement grand que le superpuissant Conrad Black n'a pu y résister.

Quand on sait que par le passé la GRC a orchestré le vol des listes de membres du Parti québécois, procédé à l'ouverture illégale du courrier, écrit des communiqués subversifs au nom du FLQ et participé à des incendies criminelsÉ

Quant on sait qu'après l'adoption de la Loi des mesures de guerre, l'armée a opéré l'arrestation de près de 500 Québécois innocents à trois heures et demie du matin au bout de la mitraillette comme dans l'Allemagne nazieÉ

Quand on sait que le gouvernement canadien vient encore d'augmenter le pouvoir discrétionnaire des Forces de l'ordre par l'adoption d'une Loi antiterroristeÉ

Quand on sait que nous vivons dans un système à parti unique avec tous les dangers que cela comporteÉ on comprend mieux pourquoi un journal anglophone de Toronto a même décrit le phénomène en parlant de Friendly dictatorship.

Nous pouvons quand même nous consoler cependant, nous vivons dans «le plus meilleur» pays du monde, un pays où le premier ministre Chrétien nous déclare ouvertement qu'il préfère encore le poivre de Cayenne à la batte de baseball.. Ayoye!