Réplique à Michel Gaudette - Une autre «relecture» de notre passé religieux

Je félicite Le Devoir d'avoir publié dans sa page Idées du 11 octobre l'article de Marco Veilleux intitulé «La Révolution tranquille a été très catholique». Il fallait rappeler, en ce jour, le 40e anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II et le célèbre discours inaugural de Jean XXIII, une pièce d'anthologie dans l'histoire de l'Église catholique.

Je connais peu de médias chez nous qui ont rappelé cette date. Elle marque pourtant un tournant décisif dans l'évolution de la mentalité religieuse contemporaine et demeure une invitation à redécouvrir en profondeur le message de l'Évangile partagé par tous les chrétiens. D'où la caution officielle donnée au mouvement oecuménique invitant toute notre population à réparer les blessures causées par les antagonismes religieux du passé.

L'auteur de l'article a tenté de situer l'événement conciliaire (1962-1965) dans le contexte des enjeux débattus au Québec en ces débuts de la Révolution tranquille. Projet fort ambitieuxÉ Il a fait découvrir aux lecteurs du Devoir un ouvrage tout récent: Sortir de la Grande Noirceur - L'horizon personnaliste de la Révolution tranquille (Septentrion, 2002). Il en a cité quelques lignes qui m'ont vraiment mis en appétit pour parcourir avidement cet essai historique peu banal.

Marco Veilleux précise qu'il n'a pas encore 30 ans. Il ajoute: «Il est urgent de permettre ainsi à ma génération de revisiter l'histoire par-delà les poncifs éculés sur la Grande Noirceur, 40 ans après Vatican IIÉ Il est intéressant de découvrir que le tournant des années 60 s'est peut-être moins fait en opposition à la religion que sur la base de l'humanisme chrétien le plus exigeant et grâce au ressort d'une conscience catholique renouvelée par son engagement pour la justice et pour la liberté responsable au sein de la société québécoise.»

Nombre de lecteurs voudront se rappeler des noms précis en évoquant cette période si féconde de notre histoire. Je me risque à évoquer le regretté Gérard Pelletier dont l'itinéraire constitue une illustration du parcours de nombreux leaders sociaux de sa génération: président national de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), journaliste, député, ministre, ambassadeur, mémorialiste. Bref, un acteur social nourri le l'inspiration de ce «personnalisme chrétien» décrit amplement dans l'essai en question.

Merci à Marco Veilleux et aussi aux auteurs du livre Sortir de la Grande Noirceur: E.-Martin Meunier et Jean-Philippe Warren) de nous inviter à redécouvrir un héritage qui continue de nous appartenir.

Je m'explique mal que Michel Gaudette ait tenu à signer une «réplique» d'un ton aussi acide dans Le Devoir du 23 octobre, sous le titre «Une indécente relecture de notre passé religieux». Il énumère une série de griefs illustrant ce qu'il appelle «l'intolérance religieuse du catholicisme».

Qui n'a pas à la portée de sa mémoire une sorte de «sottisier» énumérant des bêtises du passé collectif. Sans vouloir ouvrir une polémique stérile, je me permets de rappeler à Michel Gaudette que l'intolérance a été assez bien portée dans tous les milieux de notre pays jusqu'à une date assez récente.

Franco-Ontarien de souche et de carrière, je peux témoigner des luttes scolaires de 80 ans menées dans ma province pour obtenir justice sur le plan linguistique et religieux. L'école Guigues de mon enfance à Ottawa a été un terrain de «résistance» bien connuÉVint le jour où un premier ministre conservateur de tradition protestante, Bill Davis, a osé braver les fanatiques en 1984 et accorder le «parachèvement» des écoles secondaires catholiques, avec ce qu'il a appelé le full-funding des 11e, 12e, et 13e années. Ce politicien se faisait aussitôt traiter publiquement de «Hitler» par l'archevêque anglican de Toronto, Lewis S. Garnsworthy. Personne ne niera que ce clergyman ait pu prêcher l'Évangile tout au cours de son ministère. On trouve même sur Internet un site «Memorial Trust» qui porte son nom. Il reste que sa «sottise» demeure archivée dans les journaux de Toronto en 1984 et continue d'illustrer les vieux réflexes d'intolérance civique. Qui s'en scandalisera? Paix à ses cendresÉ

«Quid novi sub sole?» Toute notre histoire canadienne demeure tissée de ces accrocs à la paix civique. Une priorité ne cesse de s'imposer aujourd'hui: marcher dans des chemins de redressement, de réconciliation. Les leaders de toutes les communautés chrétiennes ne cessent de nous y inviter. La tâche de l'oecuménisme demeure un chantier ouvert. Michel Gaudette ne l'ignore sûrement pas.

J'applaudis les jeunes de moins de 30 ans qui auront la curiosité de découvrir des échos (pas si lointains) de notre passé religieux inspirés par le «personnalisme chrétien». S'ils sont vraiment intéressés, ils pourront encore aujourd'hui rencontrer quelques vaillants survivants parmi les leaders sociaux de cette génération. Tous ces précurseurs se reconnaissent désormais «héritiers de Vatican II» dans la construction d'une société de justice, de liberté, de respect, de partage.