Lettre: Révisons le révisionnisme

Dans une lettre publiée dans Le Devoir du 22 octobre 2002 («Révisons nos acquis historiques!»), un étudiant du nom de Dimitri Latulippe prétend combattre des mythes «au coeur de la propagande de Washington» (sic) à propos de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

L'entreprise pourrait être intéressante si on comprenait bien de quel mythe il s'agit.
À la place, nous avons droit à de faciles critiques des États-Unis en guerre, le tout flanqué d'hommages acritiques à l'URSS.

Ainsi M. Latulippe met-il des guillemets autour du mot «libéré» pour dire que les Américains ont libéré une grande partie de l'Europe, ce qui n'est certes pas un mythe. D'un autre côté, l'auteur n'a pas un mot ou un guillemet de distanciation critique pour parler du genre de libération qu'a été l'installation en Europe orientale de l'Armée rouge et de régimes communistes, après la victoire de 1945.

M. Latulippe ajoute que c'est l'URSS qui a absorbé, avant toutes les autres nations, la politique expansionniste d'Hitler. La chronologie véritable dit plutôt: Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne, Danemark, Norvège, Hollande, Belgique, France, Yougoslavie, Grèce, et ensuite URSS, le 22 juin 1941.

On pourrait ajouter qu'après avoir attaqué la Pologne en même temps que l'Allemagne, l'URSS a profité de l'ouverture du front à l'ouest pour attaquer quatre pays tranquilles: la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie et la Finlande, annexant carrément les trois premiers.

Dimitri Latulippe ajoute que «sans la victoire à l'Est, Hitler et ses alliés auraient peut-être éliminé encore plus de monde». À ce compte-là, il devrait aussi dire que sans victoire des Américains dans le Pacifique, l'armée japonaise aurait peut-être éliminé plus de Chinois et de Coréens. À la place, notre étudiant reproche aux Américains d'avoir bombardé des populations civiles au Japon. Mais selon ce que nous savons de la guerre, l'URSS n'a pas non plus contre-attaqué l'Allemagne à coups de fleurs.

Pour terminer son procès de débéatification des États-Unis à la façon des vieux communistes, M. Latulippe laisse entendre que les bienfaits américains n'ont été que pour l'humanité occidentale. Cela est très discutable, surtout quand on pense au Japon, mais si c'était vrai, ce ne serait déjà pas si mal. Ce n'est certes pas l'URSS qui pouvait se vanter d'avoir fait un meilleur usage de sa victoire de 1945.