Libre opinion: Quelle place réserver au débat constitutionnel lors de la prochaine campagne électorale?

La popularité de Mario Dumont et de l'Action démocratique du Québec semble avoir modifié l'approche des autres partis politiques au sujet de la question nationale. Lors des deux dernières campagnes électorales, le Parti libéral du Québec avait rappelé à la population que sa défaite aurait pour conséquence la tenue d'un autre référendum. Le Parti québécois avait rétorqué que l'enjeu principal des élections était le «bon gouvernement» et non pas la souveraineté. En fait, durant les campagnes électorales de 1994 et 1998, on se souviendra que les chefs (Jacques Parizeau et Lucien Bouchard) avaient soutenu que la tenue d'un éventuel référendum devait être déterminée à l'extérieur du contexte électoral.

La stratégie sera-t-elle la même lors de la prochaine campagne électorale? Il est légitime de se poser cette question. En effet, lors d'une entrevue parue le 12 octobre dernier dans Le Devoir («Le PQ jouera son existence aux prochaines élections»), le premier ministre Bernard Landry évoquait la mort de la cause souverainiste dans l'éventualité d'une défaite péquiste lors du prochain scrutin. Selon lui, la situation est d'une telle gravité que l'existence même du peuple québécois serait en danger advenant l'impossibilité de réaliser la souveraineté dans un avenir rapproché. En d'autres termes, si on ne vote pas pour le Parti québécois, la survie du peuple québécois sera menacée.

Si le premier ministre juge que la situation aussi urgente, on doit s'attendre à ce que la question nationale devienne un enjeu majeur de la prochaine campagne. Il est toutefois possible que son message soit ciblé. Après tout, lors d'une entrevue accordée ce même jour et parue dans un autre quotidien, aucune référence à la question nationale n'était reprise. À l'heure actuelle, les sondages confirment qu'une majorité de Québécois ne désire pas vivre un autre douloureux débat entre fédéralistes et souverainistes. Or, si le Parti québécois persiste, il est fort probable que l'appui en faveur de l'option souverainiste se rétrécira encore davantage.

Une division du vote entre ce que M. Landry décrit comme des non-souverainistes et des souverainistes pourra profiter au Parti québécois si celui-ci est capable de rallier les présumés 40 % d'électeurs qui demeurent favorables à une forme quelconque de souveraineté. Sauf que pour atteindre ce but, M. Landry a besoin de convaincre la population non seulement que la dispute entre fédéralistes et souverainistes est inévitable mais que sa résolution est prioritaire. De plus, le succès d'une telle stratégie dépend de la capacité de démontrer que tout moratoire dans ce débat est irréaliste.

Pour leur part, les libéraux et les adéquistes rejettent l'idée de tenir un référendum. Au delà de cet objectif partagé, qu'est-ce qui distingue les deux formations dans le dossier de la question nationale? En fait, l'ADQ ne favorise pas la discussion sur la question nationale et prône une trêve entre souverainistes et fédéralistes, ce qui, espèrent-ils, permettrait à ceux-ci de rediriger leurs énergies respectives vers d'autres préoccupations plus pressantes. Quant à eux, les libéraux ne parlent que très peu de la proposition constitutionnelle qu'ils ont récemment adoptée. On a l'impression que les libéraux poursuivront une autre négociation constitutionnelle avec le reste du Canada. Dans ce cas, il faut faire la démonstration que les Québécois, ainsi que le reste du Canada, ont la volonté de rouvrir le dossier constitutionnel.

Comme le PQ, eux aussi doivent démontrer que la collaboration entre fédéralistes et souverainistes est vaine. Il s'agit d'une position difficile puisque c'est ce type de collaboration qui a créé les conditions gagnantes qui ont fait triompher Robert Bourassa et Lucien Bouchard.

Certaines des récentes remarques de M. Landry traduisent la faiblesse actuelle de l'option souverainiste. Le PQ fait actuellement face à un important paradoxe qui tient à la défense même de sa raison d'être. Les plus militants des souverainistes croient que la perte de vitesse qui afflige leur option est liée au peu de discussion autour de ladite question. Pourtant, on a l'impression que plus on parle de l'option souverainiste, moins elle devient attirante. Par ailleurs, il est ironique de voir M. Landry recourir aux campagnes de peur alors que ce sont traditionnellement les souverainistes qui ont accusé certains fédéralistes de pratiquer une telle approche afin de consolider leurs appuis.

Il existe une autre ironie dans le discours pessimiste de M. Landry. Lorsque Pierre Pettigrew a récemment évoqué la mort de l'option souverainiste, il s'est vertement fait sermonner par certains leaders souverainistes. Il est difficile de croire, après toutes ces années, que cette question soit absente de notre vie politique. Or les récents commentaires de M. Landry apportent une certaine crédibilité à l'analyse du ministre Pettigrew. Peut-être que la question se pose autrement. En fait, est-ce la souveraineté qui est plus importante que le Parti québécois ou est-ce la survie du parti qui est maintenant devenue plus importante que l'option? Cette question sera peut-être résolue après les prochaines élections provinciales.