Lettres: La naïveté de Stéphane Dion

Il est, en politique, de commun usage d'interpeller ses adversaires sur les questions internationales. Stéphane Dion se plaît à semoncer Michael Ignatieff sur sa lecture des événements extérieurs, affirmant qu'il «ferait preuve d'une grande naïveté» (Lire l'entretien que M. Dion a accordé au Devoir, le 26 septembre 2006). Soit.

Il est également de commun usage d'évoquer l'international pour couvrir ses échecs sur le plan intérieur. M. Dion croit peut-être que ses positions sur l'Irak et le Liban sont le reflet d'un «jugement préférable». Il est navrant, et révélateur, que M. Dion ne fasse pas preuve de la même lucidité sur la question de l'unité nationale.

La stratégie prônée par M. Dion continue de polariser au lieu de promouvoir une réconciliation: «Je ne suis pas prêt à concéder qu'il faut à tout prix changer la Constitution pour que ce pays mérite de rester uni.» En effet, il est beaucoup plus simple, (plus lucide?) de s'obstiner, de s'acharner à «ramener le Canada dans le Québec» plutôt que de chercher à «ramener le Québec dans le Canada».

M. Dion se satisfait d'un «Canada uni dans la rationalité». Cependant, l'unité nationale, ou devrions nous dire «des nations», ne saurait se fonder uniquement sur une supposée rationalité et ne se fera pas sans un minimum d'attraction. Sur ce plan, la vision de M. Dion ne fait rien pour séduire les Québécois.

M. Ignatieff, il y a plusieurs années, a reconnu les limites du rationnel (Blood and Belonging: 1993). Quant à M. Dion, Québécois malgré lui, il cherche encore une réponse à la question: «What does Quebec want?». Voilà peut-être les traits d'une naïveté encore plus grande.

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