Quelques suggestions à Téléfilm Canada

J'ai observé tout ce débat entourant la crise du cinéma québécois et, comme beaucoup de gens, j'arrive à la conclusion que le gouvernement fédéral devrait augmenter sensiblement son aide au Québec. L'argent est déjà là. Il faut simplement le répartir équitablement dans un pays officiellement bilingue.

Aller chercher des modèles à l'étranger avec une nouvelle étude experte n'est qu'une vieille méthode de diversion démodée et inutile. Téléfilm est supposée avoir à l'interne tous les experts qui sont payés pour faire la job. Le public doit d'abord connaître la vision de Téléfilm sur ce sujet.

Tout le monde sait que la culture québécoise est unique au monde: ni française ni américaine, elle est québécoise. Elle est en face du géant américain et de la société culturellement fragmentée du Canada anglais et fortement américanisée. Donc, le Québec culturel a son propre modèle. De toute façon, un modèle au cinéma peut fonctionner dans un pays mais pas nécessairement dans un autre. La solution doit être trouvée ici et nulle part ailleurs.

Égalité

Le cinéma est d'abord un fait culturel. Il s'exprime par une langue. Le Canada, d'après la Constitution, a deux langues officielles: le français et l'anglais. Officiellement, elles reçoivent le même traitement au niveau fédéral. Alors pourquoi ne traite-t-on pas sur un pied d'égalité le financement des films tournés en français et en anglais au lieu de traiter le cinéma québécois francophone comme minoritaire dans son propre pays? À ce qu'on sache, le Québec fait toujours partie de la confédération canadienne.

Sans l'apport extraordinaire du cinéma québécois, le cinéma canadien n'existerait tout simplement pas. Il n'y a qu'à sortir les chiffres de ces dernières années pour constater ce que le cinéma québécois obtient au box-office par rapport à celui du Canada anglais. Ces chiffres pourraient éclairer les contribuables pour voir qui est minoritaire au pays par rapport au public canadien dans son ensemble.

Pourquoi le cinéma québécois doit-il être pénalisé parce que le cinéma du Canada anglais ne marche pas auprès de son propre public? Pour corriger ce partage fiscal culturel, Téléfilm et surtout Patrimoine canadien pourraient apporter des solutions rapides et rapprocher Téléfilm de ses ouailles.

Propositions

Parmi d'autres solutions possibles, j'en propose ici quelques-unes.

- Que Téléfilm respecte l'esprit de sa charte en ce qui concerne son siège social: le bureau principal ainsi que la résidence principale du directeur général doivent être à Montréal. La même chose vaut pour sa secrétaire. Un général en chef dirige son armée de son quartier général; Montréal connaît très bien le syndrome des coquilles vides des sièges sociaux.

- Qu'on supprime «la prime à la performance du box-office» et qu'on mette ces sommes à la disposition de la création d'une façon équitable. La question que beaucoup de gens se posent est celle-ci: pourquoi «une prime à la performance» alors que les films «gagnants» sont déjà subventionnés à 100 % pour la production et la mise en marché par les deniers publics? À quelques exceptions près, cette politique pratiquée ces dernières années a nui considérablement au cinéma d'auteur, d'où, en partie, la crise d'aujourd'hui.

Cette prime pourrait à la rigueur se justifier si les films «performants» remboursaient les «investissements» de l'État, ce qui n'est pas le cas. Là, il s'agirait de la vraie «performance financière».

- Qu'on finance sur un pied d'égalité les films tournés dans les deux langues officielles du pays d'après la formule de 50 % pour chacune. Cela aiderait beaucoup à résoudre les problèmes actuels. Si on veut éviter la répétition des crises, il faut absolument adopter une vision à long terme et se débarrasser de cette vieille mentalité de subventionner d'après la formule «un tiers en français et deux tiers en anglais».

Les questions que je soulève sous un nouvel angle peuvent être débattues dans un esprit civilisé. J'aurais souhaité que Téléfilm soulève ces problèmes et propose lui-même des solutions. Ou que cela soit venu de Patrimoine canadien, dont la responsabilité est grande dans ce dossier. On peut faire mille autres études sur le cinéma, mais cela nous avancerait peu, sinon à enrichir quelques «experts mercenaires de la culture».

On ne pourra jamais enfermer dans un carcan rigide un langage aussi irrationnel que le cinéma. Une création basée avant tout sur l'intuition a besoin de mécènes généreux et compréhensifs (chez nous, c'est l'État) plus que toute autre chose. Pour faire du bon cinéma, il faut des sous. L'avenir de notre cinéma ne passe pas par les farces plates de télévision qu'on étale sur le grand écran...

Je ne prétends pas posséder la vérité divine. Mais comme je me suis toujours impliqué dans la création de plusieurs festivals et institutions (dont l'INIS), je mène le même combat pour le cinéma de qualité depuis le premier cours que j'ai introduit dans une université au pays. De plus, plusieurs personnes m'ont poussé à me prononcer là-dessus. Il est alors de mon devoir moral d'apporter ma réflexion au débat actuel. Pour moi, le cinéma est synonyme de liberté, et «les hommes libres doivent marcher sans béquilles» (André Malraux).

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