Libre-Opinion: Le cocktail et la bombe

Il y a quelques semaines, un cocktail Molotov lancé en pleine nuit contre la porte d'une école juive d'Outremont faisait, avec raison, pousser de hauts cris au B'nai B'rith et au Congrès juif, en plus de susciter l'indignation générale de la société québécoise. La dénonciation était tonitruante et sans équivoque.

On ne se doutait pas que, quelques jours plus tard, Radio-Canada lancerait une bombe encore bien plus dévastatrice en dévoilant que cette même institution hassidique abrite en fait une école parallèle où les élèves du secondaire reçoivent une éducation exclusivement religieuse. Il s'agissait d'un scoop à fragmentation puisqu'on a appris au fil des jours que ce n'était pas une ou deux, mais bien cinq écoles hors la loi qui ont pignon sur rue dans le Grand Montréal.

Le plus frappant à la suite de ces révélations a été de voir comment les différents intervenants ont cherché à contenir l'onde de choc. Alors que B'nai B'rith International se vantait tout récemment d'avoir parachuté un millier de best-sellers aux soldats israéliens stationnés en sol libanais (opération Sifrut for Soldiers), chez nous, l'organisme demeure muet devant l'abêtissement de la branche ultrareligieuse de sa jeunesse. Sun Youth qui promettait une récompense de 5000 $ pour tout renseignement pouvant conduire à l'arrestation du pyromane envisage-t-elle une collecte de livres éducatifs pour ces mêmes enfants?

Pierre Anctil, directeur de l'Institut d'études canadiennes et membre de l'Institut québécois d'études sur la culture juive s'est même porté à la défense de ces écoles parallèles en disant que les élèves y reçoivent «un enseignement rigoureux, comprenant de plus longues heures d'études, surtout en après-midi».

En deçà de la réalité

Le comble de la désinformation nous est venu du ministre de l'Éducation. Interrogé sur les ondes de Radio-Canada, Jean-Marc Fournier semblait soulagé que les journalistes n'aient estimé qu'à 700 ou 800 le nombre d'enfants juifs qui sont privés d'éducation de base en raison de leur orientation religieuse.

Le ministre sait pourtant mieux que quiconque que ce chiffre est très loin de la réalité. Chaque année, depuis des décennies, des cuvées de jeunes enfants et d'adolescents hassidiques ont été et continuent d'être sacrifiés sur l'autel de la claustration et de l'ignorance crasse. Ce sont des milliers de cerveaux assoiffés de connaissances qui ont été atrophiés, asphyxiés et réduits en bouillie pour les dieux.

Pas question, ici, de montrer du doigt les parents de ces enfants. Les pauvres, ils ont subi le même lessivage cérébral que leurs rejetons. Le signalement à la DPJ devrait être fait à l'encontre des dirigeants de leur communauté qui, bien lettrés, bien informés et bien placés dans toutes les sphères du pouvoir, maintiennent leurs ouailles dans un état de soumission totale en leur injectant la Torah comme isolant social. Ils se servent d'eux pour s'assurer d'une masse critique nécessaire à la préservation de leurs privilèges.

Dans un monde qui repose de plus en plus sur l'économie du savoir, qu'apporteront à la société québécoise tous ces béni-oui-oui dépourvus du moindre sens critique et de toutes références indispensables pour leur permettre de se prendre en charge et d'assurer leur subsistance?

Au nom du sacro-saint accommodement raisonnable et de la crainte de froisser les susceptibilités religieuses de cette communauté d'un autre âge, nos gouvernements se rendent complices des carences qui handicaperont la société toute entière. Dire qu'à côté de cela, on s'alarme pour l'avenir de nos jeunes qui décrochent après n'avoir fait que... 10 ou 12 ans de maths et de français!

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