Un cas flagrant d'âgisme

Âgé de 72 ans, au soir d'une existence vouée en grande partie à la cause des personnes âgées, je pensais à une autre sorte de mission pour les années qui me restent à vivre, à savoir une orientation spirituelle sous la forme du diaconat. Je croyais que l'Église aurait pu bénéficier et de l'expérience et de la motivation d'un aîné attiré par ce type de ministère.

Je me suis donc adressé au responsable diocésain pour le diaconat qui m'a fait savoir que j'étais trop vieux et qu'une telle fonction exigeait des études échelonnées sur plusieurs années. Je lui ai mentionné que ceux (il n'y a, hélas, pas de «celles») qui président aux destinées de l'Église étaient tous d'un âge plus que vénérable. Rien n'y fit, la voie était sans issue!

Par la suite, j'ai écrit au cardinal Jean-Claude Turcotte, lui confiant ma peine et mon amertume devant ce que je considère comme une discrimination basée sur l'âge et aussi une primauté des règlements administratifs sur la vie. Dans cette lettre, je mentionnais aussi que ce n'était pas la quantité des années restant à vivre qui devait servir de critère, mais leur densité, leur richesse et leur potentiel de réalisations. Il me semblait, ai-je ajouté, qu'en un temps de pénurie de prêtres, des diacres, même âgés pouvaient jouer un rôle utile dans l'Église.

La lettre et l'esprit

Récemment, je recevais une réponse du vice-chancelier du diocèse, qui prenait acte de la lettre envoyée au cardinal et, fort courtoisement il est vrai, me confirmait l'impossibilité de m'engager, à mon âge, dans la voie du diaconat. J'étais donc devant un mur, à court d'arguments et fort triste cependant de constater que les règles de l'Église divergeaient, en ce domaine, de l'esprit de l'Évangile de Jésus-Christ qui se rit des contingences de l'âge et fait appel à toute personne, motivée et équilibrée, pour propager un message d'amour.

En une époque où la gérontologie redécouvre la force et l'apport des aînés dans un monde assoiffé de spirituel, je voudrais partager ma peine de voir l'Institution-Église opposer ses canons et ses règlements à une démarche de foi. Je ne suis sans doute pas le seul à constater cette distorsion du message évangélique réduit à un ensemble des règles qui auraient leur raison d'être dans un contexte purement administratif.

Personnellement, me sentant appelé à m'engager davantage pour contribuer à bâtir un monde plus humain et plus spirituel, je n'ai que faire d'arguments qui ne tiennent pas debout et, de plus, offensent l'ensemble des personnes âgées, en déniant à l'une d'entre elles toute possibilité d'accéder à des fonctions réservées aux plus jeunes. C'est ce qu'on appelle de l'âgisme.

Quoi qu'il en soit, ce refus des représentants d'une Église ceinturée de balises administratives ne m'empêchera nullement de continuer à approfondir une foi toujours en cheminement et à contester ce qui, dans l'Église, l'éloigne de nos réalités contemporaines.

C'est finalement cela l'essentiel.

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