Libre opinion: Arts visuels: le chaînon manquant

Le Devoir a publié dans son édition du 1er septembre dernier un texte dans lequel l'artiste peintre Jocelyn Fiset rendait compte de l'«Invisibilité manifeste des arts visuels», qui était d'ailleurs le titre de son commentaire. J'ai été particulièrement heureux de constater que cet artiste partage mon point de vue sur la détérioration de la couverture médiatique des arts visuels, tant dans la presse écrite que chez les médias électroniques. J'ose avancer que cette constatation s'applique à plusieurs formes d'arts — tels que la danse, le théâtre, les arts médiatiques et les arts contemporains en général — dont les nouveautés, les constances et les tendances sont de moins en moins présentées et analysées dans les médias.

À titre de responsable du Service des arts visuels du Conseil des arts du Canada, j'ai eu le privilège et le bonheur de rencontrer plusieurs centaines d'artistes au cours des dernières années. Plusieurs forums de discussions officiels ont été organisés. L'un des constats les plus importants de ces rencontres — qui visaient à établir un état de la situation des artistes visuels au pays — fut le paradoxe entre la capacité des oeuvres des artistes à atteindre un plus grand public et la tendance des médias à moins couvrir les arts contemporains. Les artistes s'expriment pour le public autant que pour eux-mêmes, ne l'oublions pas.

Le chaînon manquant

Lors de ces rencontres, nous avons abondamment discuté des points faibles du fonctionnement des arts visuels. Par exemple, la faiblesse du marché de l'art est telle que la très grande majorité des artistes ne peuvent compter sur les revenus de vente de leurs oeuvres pour vivre. Ce constat m'inquiète.

Nous nous devions donc d'interroger les artistes, conservateurs, galeristes et directeurs de musées sur les moyens de corriger cette tendance lourde. Tous s'entendent pour dire que le principal chaînon manquant est l'absence — ou la disparition — de la couverture des arts contemporains par les médias.

Le public est moins informé sur les expositions, sa connaissance et sa compréhension des arts contemporains sont moins enrichies par les journalistes. Résultat: les amateurs d'art hésitent à acheter des oeuvres d'artistes dont le nombre, la qualité et la reconnaissance nationale et internationale ne cessent d'augmenter. Pourtant, plusieurs artistes ont étalé le coût de leurs oeuvres sur une plus grande fourchette de prix, afin d'être plus accessibles sur ce plan aussi.

Bien sûr, les diffuseurs et les galeristes doivent travailler plus fort. Ça, ils en sont conscients, et une panoplie de stratégies efficaces sont en place dans les musées, les centres d'artistes et les galeries d'art. Ces efforts donnent des résultats concrets, car la fréquentation des musées au pays a encore augmenté au cours des dernières années.

D'autres questions, auxquelles je ne puis répondre, me viennent à l'esprit: que pouvons-nous faire pour améliorer la situation, pour convaincre les médias de mieux couvrir les arts? Quel est le problème qui a engendré cette situation? Le manque de journalistes? La perte des revenus publicitaires en provenance des annonceurs artistiques?

Une chose est certaine, M. Fiset a lancé un débat dans lequel les artistes, les principaux joueurs du monde des arts et les médias doivent s'engager. Notre responsabilité commune envers l'information et l'enrichissement du public au sujet du monde artistique qui les entoure est en jeu.

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