La véritable démonstration du Saint Père

Au palais de Topkapi, construit après la conquête par les Turcs en 1453 dans l'ancienne Constantinople, aujourd'hui Istanbul, le visiteur peut admirer les trois glaives noirs apparemment utilisés par le prophète Mahomet et ses successeurs pour répandre leur foi.

L'histoire nous enseigne que leur succès fut fulgurant. En deux siècles à peine, la nouvelle foi avait conquis de vastes régions chrétiennes comprenant le Proche et le Moyen-Orient ainsi que des parties appréciables de l'Afrique du Nord et de l'Espagne. C'était en 732-33 à Tours, où les musulmans furent finalement empêchés par Charles Martel de pénétrer davantage en Occident. À l'Est, la bataille dura environ 800 ans jusqu'à la chute de Constantinople (1453) et la conquête complète de l'empire byzantin.

C'est dans ce contexte que nous devons comprendre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue qui, en 1391, avec ses réflexions, a touché le point sensible de l'islam.

L'empereur connaissait bien les faits historiques. Il connaissait également les livres saints du judaïsme, du christianisme et de l'islam. Il savait les ressemblances mais également les différences entre la foi judéo-chrétienne et la foi islamique. Il avait certainement lu les sourates coraniques sur le djihad. Il savait aussi que les apôtres, et en particulier saint Paul et ses successeurs, avaient converti l'empire romain de l'intérieur et non par les conquêtes territoriales.

Cependant, le fond de la pensée de l'empereur n'était pas de montrer la différence entre la conception de la foi par le christianisme et l'islam mais de montrer que la foi ne peut pas être imposée par la force. En choisissant de citer un empereur du XIVe siècle, le pape Benoît XVI voulait certainement montrer que le problème n'est pas récent.

D'autres points

C'est à partir de cette constatation que le pape a développé sa thèse sur la raison et la foi et conclu que la foi en Dieu n'est possible que par un discernement raisonnable, c'est-à-dire par le logos. Vouloir obtenir la foi de force est contraire à la raison. Alors, celui qui proclame un dieu qui exige une foi déraisonnable prêche un dieu déraisonnable.

Le pape oppose donc un dieu dont les actions sont en conformité avec la raison à un dieu dont les actions sont totalement arbitraires.

Dans le tollé provoqué par la citation de l'empereur byzantin par le pape, on a ignoré les autres points de sa présentation: sa critique du Sola Scriptura du fondamentalisme protestant et sa critique du positivisme agnostique occidental. Il rejette aussi bien une lecture littérale de la Bible que la validité absolue de la méthode empirique. La méthode des sciences empiriques ne se laisse pas transposer à des hypothèses métaphysiques. Ainsi, aucune science empirique ne peut falsifier l'hypothèse que Dieu existe.

On a prétendu que le pape a miné le dialogue entre les religions, et en particulier avec l'islam. Mais comment peut-on faire un dialogue fructueux sans établir clairement les prémisses? Ce n'est pas par hasard que le pape a choisi un forum universitaire pour présenter ses thèses. Dans ce forum, tous les partenaires du dialogue sont égaux. Seule la force des arguments compte.

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