Lettre: Du Brocoli dans un McDo

On devrait s'en réjouir quand Statistique Canada nous apprend que 18 % des enfants entre deux et 11 ans étaient obèses en 1998-1999. Malheureusement, ce n'est pas d'un légume qu'il s'agit, mais plutôt de la dame qui gagne son salaire en vendant du divertissement pour enfants. Je n'étais pas un fan d'Annie Brocoli avant, mais je me disais qu'au moins, avec son nom, elle pouvait leur faire aimer un peu plus les légumes verts. Depuis que je l'ai vue dans cette pub de McDo, inviter les enfants au royaume du gras saturé où l'essentiel des légumes se trouve dans le ketchup, je me pose de sérieuses questions.

Dans mon enfance, l'émission de télé qu'on regardait était produite par le ministère de l'Éducation. Plusieurs de ma génération se souviennent du lavabo qui disait «ouark, caca!» après que Passe-Partout y eut vidé sa boisson gazeuse. On ne cherchait pas à faire de nous des futurs clients. Ni à nous vendre des produits dont on n'avait pas encore besoin. On voulait notre bien, nous informer que le sirop de glucose et l'acide phosphorique n'étaient pas ce qu'il y a de mieux pour la santé. Et ça ne s'est pas limité à l'alimentation. On nous parlait beaucoup de valeurs humaines aussi.

Aujourd'hui, en ces temps où le privé se propose comme la solution universelle et où une bonne partie de la population y croit, je me demande si on n'a pas dépassé certaines limites. Est-ce que le progrès social, ça nécessite une enfance commanditée par McDo et Clearasil?