Réplique au journaliste Robert Dutrisac - Une opération pour neutraliser le ralliement des gens d'affaires à l'ADQ de Mario Dumont

Votre journaliste Robert Dutrisac m'a fait l'honneur de deux articles au cours des derniers mois, le dernier signé le 18 octobre. Malheureusement, les articles sont truffés d'inexactitudes et d'erreurs, et l'auteur pèche aussi par omission. On est manifestement en présence d'une opération visant à neutraliser l'effet du ralliement de gens d'affaires au parti de Mario Dumont.

Selon l'article, mon absentéisme aurait motivé mon expulsion de la SGF puisque je n'aurais assisté qu'à trois réunions du conseil d'administration sur les onze dernières. Or la réalité est tout autre puisque, selon mon propre compte, j'ai été absent à trois réunions sur les onze dernières — et ce total ne comprend pas ma présidence du comité de ressources humaines, qui m'a même valu une conférence téléphonique et quelques appels alors que j'étais en Afrique. Je suis fier de mon assiduité si on la compare à celle des administrateurs siégeant à des conseils où la participation n'est pas rémunérée.

La date de ma nomination au conseil a elle aussi échappé au journaliste, qui ramène mes années de service à cinq alors qu'il fallait en compter plus de dix. Je laisse le lecteur juger de la valeur des autres informations si on se méprend à propos d'une information aussi simple.

Quant au motif de mon expulsion de ce conseil, les sources de M. Dutrisac devraient lui confirmer qu'il s'agit de mon association à M. Dumont puisque ce sont en ces termes que Claude Blanchet, président de la SGF, m'a abordé pour m'annoncer la nouvelle. Je n'ai pas moi-même divulgué ni le fait ni les motifs de mon absence au conseil d'administration de la SGF mais j'ai eu l'occasion de confirmer à une journaliste de La Presse, munie d'informations précises, qu'il ne s'agissait pas d'une démission.

Le «comité Courville» dont parle M. Dutrisac n'existe pas. M. Dutrisac m'a aussi fait enseigner le néolibéralisme à l'École des hautes études commerciales alors que j'y ai enseigné l'économie et la finance, ayant succédé à Jacques Parizeau comme directeur de l'Institut d'économie appliquée. Le seul cours portant une griffe personnelle a été développé avec deux autres collègues non économistes. Adam Smith n'y prenait pas plus de place que Karl Marx et voyageait en compagnie de Michel Foucault, Louis Dumont et Karl Polyani, qui sont loin d'être des néolibéraux.

Autre erreur du journaliste: il me traite de collecteur de fonds pour Mario Dumont. Je ne suis pas solliciteur, ce qui ne m'empêche pas à l'occasion de rediriger les personnes qui s'adressent à moi.

Quant aux subventions de l'État, je m'évertue depuis longtemps à les déplorer. Mais aussi longtemps que tel est le système qui prévaut en vertu de nos lois, les entreprises ne sauraient se pénaliser en refusant de se prévaloir des programmes offerts à tout le monde.

Enfin, j'espère que le récent article de M. Dutrisac ne viendra pas mettre en cause le travail énergique des jeunes personnes à qui je me suis associé pour établir une plate-forme de transactions électroniques. Il y a bien des raisons pour lesquelles, à ce stade, seulement 23 000 des 150 000 $ promis ont été dépensés: en plus du fait que mon travail et celui de mes collègues ne sont pas rémunérés, les discussions se poursuivent avec le gouvernement sur la manière de réaliser cette plate-forme. Une saine gestion ne m'autorise pas à débourser tant et aussi longtemps que le projet ne reçoit pas l'aval des principaux intéressés. L'objectif n'est pas de dépenser de l'argent mais de réaliser un projet efficace et utile. M. Dutrisac avait été mis au courant de ces aspects et il a choisi de les omettre car, dois-je en conclure, ils n'entrent pas dans ses scénarios.

Réponse du journaliste

La Société générale de financement (SGF) a confirmé, hier, les informations du Devoir: la participation intermittente de M. Léon Courville au conseil d'administration de la société d'État — son absentéisme — faisait partie des motifs de la direction de la société d'État pour ne pas renouveler le mandat annuel de l'ex-banquier.

Je n'ai jamais écrit que M. Courville était un collecteur de fonds pour Mario Dumont — le chapeau qui coiffait mon article n'était pas fidèle à mon texte. Mais M. Courville nous apprend aujourd'hui qu'il joue au moins un rôle indirect dans la campagne de financement de l'ADQ en «redirigeant» les personnes qui s'adressent à lui.

Enfin, M. Courville ne semble pas apprécier l'étiquette néo-libérale pour désigner sa pensée: peut-on lui suggérer «éclectisme libertaire»? Mais peut-être que cet ancien professeur des HEC a un meilleur terme à proposer.

Robert Dutrisac