Réplique à Marco Veilleux - Une indécente relecture de notre passé religieux

Je suis un historien qui a fouillé l'histoire religieuse du Québec, en particulier la dimension historique de la relation entre le catholicisme et les minorités religieuses. J'ai récemment publié un essai sur ce thème, intitulé «Guerres de religion d'ici».

Le texte de Marco Veilleux parle de «relire l'histoire dans la perspective de cette option du souci des autres [...]» (Le Devoir, 11 octobre 2002, page A 2). J'aimerais ici soulever cet aspect du «souci des autres» en tant qu'historien et laisser parler les faits historiques. M. Veilleux parle comme si le passé religieux du Québec pouvait nous inspirer à «trouver ses propres ressorts spirituels et moraux pour motiver l'action politique au sein d'un présent désenchanté et incertain». Donc, il en conclut que le catholicisme serait donc inspirant pour l'action politique du temps présent.

La lecture historique que fait M. Veilleux du passé religieux ne résiste aucunement à l'épreuve des faits historiques. Loin d'être inspirant pour l'action politique, le catholicisme a plutôt démontré, sur le plan politique et civil, une stupéfiante intolérance face aux minorités religieuses québécoises. Laissons parler ces faits pour démontrer toute l'intolérance religieuse du catholicisme:
- intolérance envers les minorités juives;
- intolérance envers les minorités franco-protestantes;
- intolérance envers les minorités baptistes francophones;
- intolérance envers les communautés francophones évangéliques;
- intolérance envers les témoins de Jéhovah;
- intolérance dans le milieu scolaire, où les franco-protestants, n'étant pas catholiques, devaient jadis fréquenter le high school.

M. Veilleux ne sait peut-être pas que des pasteurs baptistes ont été incarcérés en Abitibi dans les années 50 et que des non-catholiques francophones ont perdu leur emploi pour des raisons religieuses.

Et M. Veilleux voudrait nous suggérer son modèle du «souci des autres» pour inspirer l'action politique d'aujourd'hui? Quel est donc ce «souci»? Et qui sont les «autres» dont il parle? Les non-catholiques ostracisés? En quoi, M. Veilleux, le passé catholique pourrait-il être inspirant pour nos politiciens d'aujourd'hui dans une société pluraliste comme la nôtre?

C'est tout le contraire! Il ne faudrait surtout pas s'inspirer du catholicisme en référant à notre passé religieux dans un contexte multiconfessionnel comme celui d'aujourd'hui. Le catholicisme a prouvé son intolérance historique dans un cadre de pluralité confessionnelle. Regardons les faits historiques!