Lettre: Révisons nos acquis historiques!

Dans un article publié dans l'édition du 11 octobre 2002 («L'exceptionnalisme américain - À la recherche d'un ennemi»), un historien du nom de Philippe Fortin relatait, fort judicieusement, les principales lignes de l'histoire de la pensée messianique américaine. Un passage de son texte, par contre, m'a profondément déçu. Il note vers le fin de son énumération que les Américains «sont responsables de la victoire alliée» de 1944-1945.

Mettons fin, au plus vite, à ce mythe, souvent au coeur de la propagande de Washington, qui travestit la véritable nature de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Oui, Washington a fourni un effort considérable. Après l'ouverture d'un front à l'ouest, oui Washington a anéanti une population civile, au Japon, complètement abandonnée par sa caste militaire, oui les Américains ont «libéré» une grande partie de l'Europe (l'Italie d'abord), mais, il ne faut jamais oublier que c'est l'URSS qui a absorbé, avant toutes les autres nations, la politique expansionniste d'Hitler.

Leningrad (Saint-Pétersbourg), complètement encerclé, est tombé sous une famine atroce, la Wehrmacht s'est bel et bien rendue à Moscou, et Stalingrad a résisté pendant des mois pour faire plier les généraux allemands. Sans la victoire à l'Est, Hitler et ses alliés aurait peut-être éliminé encore plus de monde. Ce sont les Soviétiques, et non les Américains, qui ont gagné le droit d'être affublés du titre de responsable de la victoire! Leurs quelque 20 millions de morts devraient avoir le droit à cette distinction. Cessons de béatifier nos voisins sous prétexte qu'ils sont les bienfaiteurs de l'humanité (occidentale). Les héros, contrairement aux scénarios des films américains, ne sont pas toujours issus des Élus de cette terre!