Étrange façon d'encourager les médecins associés à la RAMQ

Période noire pour les médecins et les futurs médecins. Certains spécialistes auraient pu comprendre, amèrement mais solidairement, que la loi spéciale qui a réglé, en décembre dernier, les conditions de travail de la majorité des employés de l'État et des futurs médecins résidents leur a enlevé toute marge de manoeuvre pour renouveler leur convention. Certains d'entre nous acceptent aussi encore la rhétorique du «cadre financier», bien que nous soyons de plus en plus conscients qu'au Québec, qui n'a jamais été si prospère, ce sont les choix fiscaux qui font constamment diminuer la contribution des entreprises aux coffres de l'État. Comment accepter, par contre, l'imposition non pas d'une loi spéciale mais d'une loi qui pénalise ceux qui, de bonne foi, avaient espéré parvenir à une meilleure entente par le mécanisme démocratique de la négociation?

Comme si ce n'était pas suffisant, le ministre avait ensuite présenté son projet de loi en réponse au jugement Chaoulli de la Cour suprême, en s'éloignant considérablement des recommandations faites par les médecins lors de la consultation publique sur le livre blanc. Rien n'est proposé pour que le réseau tire le plein potentiel des cabinets déjà existants de médecins spécialistes qui participent à la RAMQ. L'accès à ces ressources pose pourtant actuellement un grave problème d'équité, faute de financement adéquat, dans la mesure où les citoyens doivent y payer des frais supplémentaires considérables pour obtenir des services médicalement nécessaires comme des chirurgies orthopédiques et ophtalmologiques, sans parler des tests d'imagerie diagnostique.

Plutôt que d'encourager l'efficacité (autre que comptable) des établissements publics, plutôt que d'allouer suffisamment de ressources aux installations existantes et d'améliorer les conditions de pratique et d'accueil des patients et des familles dans un cadre qui respecte leur dignité, plutôt que de miser sur la formulation de projets locaux et régionaux, par les professionnels de ces milieux, de réorganisation des services pour lesquels l'attente est problématique, le projet de loi incite les établissements à référer les patients dans de nouveaux centres médicaux spécialisés. Qui plus est, alors que l'ensemble des médecins s'étaient prononcés contre le choix d'effectuer, dans de nouveaux centres, la chirurgie de la cataracte et les remplacements de genoux et de hanches, le projet de loi propose d'aller de l'avant avec ces procédures.

Comme pour finir de décourager les médecins de la pratique publique et des responsabilités hospitalières et d'enseignement, on propose à ceux qui choisiront de ne plus participer à la RAMQ de mettre sur pied les nouveaux centres médicaux spécialisés en leur garantissant un triple mode de rémunération: des fonds publics, grâce aux ententes de soins conclues avec les établissements du réseau, de nouvelles assurances privées pour les soins médicaux désormais admissibles et, bien sûr, de l'argent comptant de ceux qui pourront bien payer.

Quel est le message envoyé aux médecins qui croient encore en un système de santé public fort et capable de s'adapter aux besoins de la population? À ceux qui pensaient entreprendre des études médicales? Aux citoyens? Il semble qu'il y aura toujours quelqu'un, au gouvernement, pour justifier ces façons de faire et ces lois au nom de l'intérêt public et d'un cadre financier immuable. Doutons qu'arrivent à convaincre et à rassembler autour d'un quelconque projet ceux qui privilégient l'autoritarisme comme façon de gouverner, l'absence de reconnaissance des initiatives déjà mises en place par les médecins du réseau public, l'absence de considération des recommandations sur l'organisation des services formulées par le corps médical, l'asphyxie des conditions de pratique hospitalière dans les disciplines chirurgicales, l'encouragement à la pratique hors RAMQ et la punition pour ceux qui n'acceptent pas de plier l'échine.

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