Bonne fête, M. Bush!

À l'occasion de son 60e anniversaire de naissance, le président George W. Bush recevra la visite du premier ministre Stephen Harper. Après avoir vu notre gouvernement faire des pieds et des mains pour faire plaisir à George Bush, les Canadiens ne peuvent pas s'empêcher de se demander quels présents Stephen Harper a prévus pour le président cette fois-ci.

Si le gouvernement libéral avait maintenu une certaine distance par rapport aux États-Unis en signant entre autres le protocole de Kyoto et en refusant de participer à la guerre en Irak, Stephen Harper s'est très tôt fait un point d'honneur de révéler à l'administration Bush un Canada beaucoup plus serviable.

Dans son discours du Trône, Stephen Harper a annoncé qu'il considérait les États-Unis comme «notre meilleur ami». Il a ensuite fait la démonstration de son amitié.

Le gouvernement Harper s'est vite débarrassé de Kyoto en plus de promettre son soutien à la guerre contre la terreur en prolongeant la durée de la mission du Canada en Afghanistan. Les libéraux ont peut-être été confus à propos du rôle que le Canada jouerait en Afghanistan lorsqu'ils y ont engagé nos forces, mais on voit bien aujourd'hui qu'il ne s'agit pas d'une mission de maintien de la paix. C'est une opération de combat au sens propre du terme.

Mais ce n'est pas un problème pour le gouvernement conservateur. En fait, il est même allé jusqu'à promouvoir le rôle guerrier du Canada dans la «guerre contre la terreur» en faisant une campagne publicitaire de 18 000 $ pour placer, dans des stations de métro des États-Unis, des bannières et des affiches de soldats canadiens au combat en Afghanistan. Et cela, malgré le fait que 57 % des Canadiens veulent que nos militaires participent à une «mission de paix traditionnelle», selon une enquête d'Ekos Research en 2005.

Sur le plan commercial, Stephen Harper a permis aux États-Unis de se soustraire à la décision favorable au Canada en vertu de l'ALENA dans le dossier du bois d'oeuvre pour élaborer une entente qui convienne mieux aux États-Unis. Si Paul Martin défendait du bout des lèvres les intérêts canadiens dans le conflit du bois d'oeuvre, Stephen Harper ne s'est pas gêné pour régler l'affaire avec les États-Unis à l'extérieur du mécanisme de règlement des différends de l'ALENA.

La saga du bois d'oeuvre a bien fait comprendre aux Canadiens — tant les partisans que les adversaires de l'ALENA — que l'accord commercial ne fonctionnait pas pour le Canada. Et pourtant, Stephen Harper a foncé avec le Partenariat sur la sécurité et la prospérité, qui fait primer les intérêts d'affaires et de sécurité sur les préoccupations sociales et environnementales.

Pour l'administration Bush, qui s'efforce de répandre son programme néoconservateur sur tout le continent, le Partenariat sur la sécurité et la prospérité est le glaçage sur le gâteau. C'est le gouvernement libéral qui a signé en premier lieu l'entente en vue d'harmoniser les politiques du Canada avec celles des États-Unis pour faciliter le commerce, mais Stephen Harper s'est empressé de pousser le plan néoconservateur un pas plus loin. Avec ses homologues des États-Unis et du Mexique, il a créé le Conseil nord-américain de la compétitivité (CNAC) pour officialiser les pouvoirs de l'élite des affaires.

Ce dernier geste confie clairement le volant aux dirigeants d'entreprises et leur donne le feu vert pour insister en faveur d'un modèle nord-américain de sécurité et de prospérité pour les entreprises. Soit dit en passant, si le Mexique et le Canada ont chacun dix représentants au CNAC, les États Unis en ont 15.

Stephen Harper est pour George W. Bush un meilleur ami prêt à promouvoir un programme néoconservateur à la républicaine au Canada et qui ne demande qu'à appuyer les yeux fermés les objectifs américains de politique étrangère. Qu'est-ce que l'administration Bush pourrait demander de plus?

Eh bien, il y a quelque chose de plus. Les États-Unis voudraient un accès encore plus grand à notre énergie malgré les preuves que les ressources s'amenuisent. Les entreprises américaines voudraient avoir accès à nos vastes ressources en eau et les organismes américains de gestion de la santé salivent à l'espoir qu'un mécanisme de privatisation des soins de santé leur donnera enfin accès au marché canadien. La liste des cadeaux de Bush s'allonge.

Tenus dans l'ignorance du programme de la rencontre entre Harper et Bush, nous pouvons seulement espérer que notre premier ministre aura un peu moins le coeur sur la main cette fois-ci.

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