Accord interpalestinien - Les factions palestiniennes se rallient devant l'incursion militaire israélienne

La menace externe a favorisé le ralliement in extremis des positions à l'intérieur des territoires palestiniens, encerclés depuis dimanche par l'arsenal militaire israélien dans toute sa force de frappe. Les divisions entre les différentes factions politiques deviennent ainsi relatives devant la crise imminente: l'union nationale est réaffirmée sous l'étranglement économique perdurant et devant l'offensive militaire qui déferle sur la bande de Gaza.

Le 11 mai 2006, les cadres des différentes factions composant le paysage politique palestinien, personnages clés de la résistance incarcérés dans les prisons israéliennes, apposaient leur signature au Document pour une entente nationale, autrement connu sous le nom d'«initiative des prisonniers». Représentant l'opinion de la majorité palestinienne, ces militants du Fatah (mouvement pour la libération de la Palestine), du Hamas (mouvement de la résistance islamique), du FPLP (Front populaire pour la libération de la Palestine), du Djihad islamique et du FDLP (Front démocratique pour la libération de la Palestine) proposaient une formule conciliatrice pour sauver la cause nationale et éviter le pire: l'implosion des institutions palestiniennes sous l'embargo de l'aide internationale.



Ressouder le front de la résistance

C'est dans un contexte de lutte armée particulièrement complexe qu'il faut placer cette initiative interpalestinienne. Alors que l'occupation militaire israélienne perdure depuis bientôt 40 ans, des fractures internes palestiniennes traversent aujourd'hui le front de la résistance à l'occupation. Cette fragmentation, voire l'atomisation du conflit, se manifeste dans la prolifération des services de sécurité et des milices paramilitaires affiliées aux différentes factions politiques, qui n'ont pas manqué au cours des dernières semaines d'en découdre par les armes. La dérive sécuritaire dans les territoires palestiniens a ainsi suscité la crainte d'une guerre civile qui, si elle venait à se superposer à l'occupation militaire israélienne, serait néfaste pour la cause palestinienne et affecterait la stabilité régionale à long terme.

Mais les fractures qui traversent la nation palestinienne sont déjà profondes et nombreuses. Divisée en communautés dans la diaspora et répartie en camps de réfugiés, décortiquée en portions de territoire clôturées et séparée des milliers de parents emprisonnés à l'intérieur du territoire israélien (et ce, en violation des dispositions de la Quatrième Convention de Genève), il s'agit d'une population dont les élus sont contraints de tenir leurs sessions par téléconférence. Les partis politiques, comme le Hamas, ne prennent pas leurs décisions sans consulter le comité des membres détenus, tout comme les représentants du Politburo en exil. D'où les incohérences dans l'élaboration des politiques au sein du gouvernement: alors que le premier ministre Ismail Haniyeh participait au dialogue national, le plus radical Khaled Mechaal tirait les ficelles de son côté pour exercer, depuis Damas, son influence sur la branche armée du Hamas.

La résistance comme droit inaliénable

Avec l'adoption, le 26 juin, de l'«initiative des prisonniers», actuellement soumise à l'approbation du président, la classe politique palestinienne cherche donc à résorber les clivages qui minent un paysage politique et géographique trop divisé. Par ce geste inédit, ils resserrent leurs positions autour d'un dénominateur commun: le droit à la résistance y est reconnu, mais il est circonscrit aux territoires occupés, une formule de compromis qui permet au Hamas de préserver son programme politique et les acquis de sa victoire électorale de février 2006. En parallèle, les démarches politiques et les négociations diplomatiques — champ de compétence de la présidence — seront reconduites, pour autant qu'elles servent l'intérêt national palestinien. Or, sur le plan du droit international et devant les exigences de la communauté internationale, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) reste le «seul représentant légitime du peuple palestinien» (formule adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies en 1974). Détenteur des cartes de négociation avec Israël, cet organisme composite devrait incorporer les représentants du Hamas d'ici la fin de 2006.

L'engagement d'instaurer un État palestinien indépendant sur les frontières de 1967, comprenant la Cisjordanie et la bande de Gaza et ayant comme capitale Jérusalem, figure au coeur du Document d'entente nationale. Sans stipuler la reconnaissance explicite de l'État juif, cette position équivaut à demander le retrait israélien des territoires occupés, demande qui risque de se heurter au plan de retrait partiel et unilatéral du gouvernement Olmert. Ce dernier prévoit en effet le maintien des ceintures stratégiques de peuplement qui empêchent toute continuité territoriale entre les villes palestiniennes, en plus de soustraire les terres annexées de facto par le tracé du mur de séparation. Quant à la revendication palestinienne touchant la ville sainte, on se rappellera que la législation israélienne de 1980 décrète Jérusalem comme la capitale éternelle et indivisible de l'État juif. En ce qui concerne le droit au retour pour les réfugiés palestiniens, point tout aussi important mais contentieux, il est réaffirmé dans ledit document.

Un geste politique habile

L'accord survient alors que l'Autorité palestinienne est sous la pression d'une imminente escalade du conflit, cherchant à résoudre la crise diplomatico-militaire qu'a provoqué l'enlèvement d'un soldat israélien par des groupes armés palestiniens. L'entente est conclue alors que le gouvernement du Hamas se trouve entre le marteau et l'enclume, n'ayant pas véritablement de marge de manoeuvre pour exercer son mandat. Pendant que la population palestinienne qui l'a élu endure les conséquences économiques de l'embargo imposé par le Quartet, le Hamas se cantonne à une position défensive de dénonciation du complot sioniste et occidental. Misant sur la paralysie du jeune gouvernement islamiste devant cette situation, le Fatah du président Mahmoud Abbas n'est guère prêt à abandonner ses positions au sein des institutions civiles. De manière directe ou indirecte, ce dernier continue ainsi à déployer ses factions loyalistes visant à saboter la transition islamiste au sein du gouvernement. En récupérant habilement l'initiative des prisonniers, Abou Mazen remet le programme politique des négociations avec Israël à l'ordre du jour, de manière à détourner l'attention du dossier épineux des réformes de gouverne et de la corruption, cause de l'échec électoral de son parti.

Avec ce geste politique hardi, soutenu par la tenue potentielle d'un référendum comme levier de pression irrésistible devant son rival, Mahmoud Abbas fait sien l'outil de légitimation politique qui avait porté le Hamas au pouvoir en janvier 2006. Reste à voir si le résultat de ce jeu politique, avec la mise en place d'un gouvernement dit d'union nationale, permettra aux dirigeants palestiniens d'endiguer les risques d'une guerre civile et d'ainsi prévenir la fragmentation de la cause palestinienne. La communauté internationale saura-t-elle réagir favorablement au virage d'un Hamas qui a su mettre de côté une part de son dogmatisme pour s'aligner au pragmatisme du Fatah dominant? Les États-Unis, en première ligne, sauront-ils rediriger leur politique de leadership de manière plus positive et plus constructive, loin des mesures qui, à ce jour, ont davantage mené à la radicalisation des positions au Proche-Orient?

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