Lettres: Révolution du temps de la gratuité

Les plaisirs de la vie sont aussi divers qu'il y a d'humains sur Terre. Il y a les sourires croqués sur le vif, les nuages courant sur l'air pur de la campagne, les écureuils sautillant sur les fils électriques... Mais tous ces éléments ont un défaut grave: ils sont gratuits. Or que sont ces plaisirs si on ne peut pas en tirer profit? Ne serait-il pas idéal que règnent en maîtres d'illustres promoteurs des plaisirs simples de la vie, dont les entreprises seraient cotées en Bourse, déjà mondialisées, fusionnées?

Dans ce pays où les citoyens sont moroses et angoissés, on devrait ouvrir de grandes succursales offrant des rires cristallins d'enfants jouant sur la plage, des brises douces du large de Tadoussac, de délicates caresses d'une fougère dans un sous-bois, de doux baisers maternels... avec des prix variant selon le marché. Comme ça, nous pourrions être assurés du bonheur de notre civilisation tout en faisant vivre les comptes de banque d'heureux patrons et de leur famille.

Hélas! Peu de gens prendraient le temps de s'arrêter à de tels commerces. Puisque le temps, c'est de l'argent — voire de l'or —, chaque gouttelette de ce précieux élixir de quartz vaut bien plus que toutes les saveurs d'un instant d'arrêt. Et là se trouve le noeud gordien de notre nation hyperactive: le temps, ce sablier qui fait s'écouler implacablement les atomes de notre existence. Qu'y peut-on?

Courage: un espoir subsiste si vous avez pris le temps de lire ces lignes. Posez votre journal et prenez le temps de savourer au moins cet instant. Tous les problèmes de ce bas monde vous paraîtront alors bien loin pendant ce bref laps.

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