Lettres: Les femmes et le pouvoir

Il y a dix ans, la question des quotas pour contraindre à une représentation sexuelle paritaire (au pouvoir) battait son plein en France. Ainsi Élisabeth Badinter écrivait-elle à ce propos dans Le Monde du 12 juin 1996: «La discrimination n'est jamais positive et finit toujours par se retourner contre la personne discriminée.»

Léa Pascal (Le Devoir, 16 juin 2006) n'a certes pas tort de convier à «laisser passer les femmes» vers les conseils d'administration des sociétés d'État. Mais laisser passer, ce n'est pas contraindre. Or c'est précisément ce que feraient des quotas. S'il est quelque chose qu'enseigne le féminin, notamment à travers les processus de la maternité ou de la séduction, c'est bien que la lenteur fait mieux et plus durablement que la précipitation. Voilà pourquoi, suivant en cela l'opinion d'Isabelle Hudon, entre autres, il faudrait plutôt avoir la sagacité d'attendre encore quelques années. Viendra en effet un moment (imminent) où une majorité féminine claire dotée de formations supérieures multiples se manifestera.

À ce moment, si les femmes n'investissent pas (davantage) les lieux de pouvoir (supérieur), ce pourrait être tout bonnement parce que cela n'intéresse guère la plupart d'entre elles. Le cas échéant, pourquoi les y «asservirait»-on de force?

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