Lettres: Financement politique et démocratie

Les révélations sur les dons versés par Groupaction aux partis politiques provinciaux ont de quoi susciter la réflexion sur le financement des partis et sur la réaction d'André Boisclair. Doit-on continuer d'interdire aux entreprises de contribuer à ce financement alors qu'on sait fort bien que ces entités contournent la loi en payant les dons qu'ils pressent leurs employés de faire hypocritement à titre personnel? Ou doit-on changer la loi pour permettre les contributions de ces organisations? Pour Michel C. Auger et Bernard Descôteaux, il serait préférable de modifier la loi. À leurs yeux, cela serait plus réaliste compte tenu du fait que le détournement de la loi est une coutume fort répandue. Cet argumentaire est loin de faire le tour de la question et de remporter l'adhésion. À ce compte-là, il faudrait abolir les lois et les règles sous prétexte que les fautifs sont nombreux. À bas la loi sur la vitesse ou l'alcool au volant!

Plus fondamentalement, il convient de tenir compte de l'esprit de la loi conçue par le gouvernement Lévesque en 1977. Cette loi a pour effet d'assainir notre démocratie en cherchant à extirper les manoeuvres courantes pendant les années 50 et 60. Cette loi est aussi une façon de concrétiser le principe «un citoyen, un vote». Or les entreprises se disent des personnes morales pour indiquer qu'elles sont distinctes de leurs membres et qu'elles ne sont pas des citoyens comme eux. De plus, les contributions de ces entreprises ne sont pas faites en vertu d'un choix politique mais en vue de décrocher des contrats. On a donc avantage à rechercher, en premier lieu, des moyens de contrer cette sous-culture du monde des affaires, sans écarter du revers de la main le fait d'exiger par exemple que les donateurs de dons importants identifient leur employeur.

On le voit, la présence de l'argent sale entre les mains du PQ conduit tout naturellement à s'élever à la hauteur d'une réflexion politique et de moralité publique. Les révélations du juge Moisan ont plutôt eu pour effet d'amener André Boisclair à se révéler un peu plus. Sa réaction a consisté à plaider simplement l'ignorance. On pourra chercher à l'excuser en disant qu'il a réagi un peu vite. On peut croire qu'à la suite de critiques internes, il réajustera probablement le tir. Mais justement, pareille spontanéité a l'avantage de révéler l'homme! On a dit de lui qu'il avait plus d'ambition que de passion. On peut maintenant soupçonner que son ambition n'est pas celle du chef d'État, pas celle de l'homme magnanime capable de s'élever au-dessus des intérêts partisans ou de son plan de carrière pour accéder au niveau de l'éthique sociale et politique.

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