Jean Charest, le mal-aimé

Mais pourquoi donc? Qu'a-t-il donc fait de si répréhensible pour s'attirer un tel acharnement, et ce, depuis son arrivée au pouvoir?

Rappelons tout d'abord qu'au moment où le Québec appelait Jean Charest, semble-t-il de tous ses voeux, ce dernier travaillait à reconstruire son parti effondré à Ottawa et que sa première réponse à l'appel du Québec avait été de refuser l'invitation. La pression exercée sur Jean Charest a donc été de plus en plus forte jusqu'à ce qu'il accepte enfin l'invitation et se porte candidat à la tête du PLQ.

Après la tenue des premières élections générales qu'il a perdues, Jean Charest s'attelle à la tâche de reconstruction de son nouveau parti, comme il l'avait fait à Ottawa pour le Parti conservateur. À cette époque, il parcourt le Québec en tous sens, écoute le message des régions et suscite l'engagement d'éventuels candidats en vue des prochaines élections générales.

Nouvelles élections générales: cette fois-ci, Jean Charest l'emporte haut la main avec 68 % des voix. Son adversaire aurait glissé sur une pelure de banane et ce serait l'explication ultime de son succès. Allons donc! Jean Charest nomme alors les membres de son nouveau cabinet en conférant à chaque ministre des tâches spécifiques qu'il précise dans son discours inaugural et qui reflètent ses grandes orientations. Dans ce cabinet, les grands noms ne manquent pas, ni les femmes qui, en plus grand nombre que jadis, occupent aussi des fonctions de premier plan.

Son programme: les priorités annoncées tout au long de la campagne électorale. Si les diminutions d'impôts se font attendre — et pour cause! —, la situation des finances du Québec était lamentable, comme le reconnaissait même, parmi plusieurs autres personnes de divers horizons, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard. Toujours est-il que le premier ministre maintient ses priorités: la santé, l'éducation, le redressement des finances, la refonte de l'État, la place faite aux jeunes par des mesures et des programmes définis dans une concertation autour du premier ministre de tous les acteurs, y compris des jeunes et leurs associations, et enfin le rétablissement d'un contexte de confiance et de dialogue avec Ottawa et les provinces.

Pour Jean Charest, la solution des problèmes du Québec passe par un véritable partenariat avec ses homologues des autres provinces et un dialogue franc, ouvert, soutenu et surtout sans compromission avec Ottawa. Depuis son élection, Jean Charest prépare le terrain par de nombreuses rencontres et des négociations pour corriger le déséquilibre fiscal et obtenir un réaménagement des ententes sur la péréquation. Dans ces dossiers, j'ai souvent l'impression que la crainte, voire l'angoisse de ses adversaires réside dans la peur de voir Jean Charest réussir là où ils ont échoué et se devaient d'échouer pour consolider leur option fondamentale.

Que l'opposition rejette trop souvent a priori les mesures adoptées par le nouveau gouvernement (une certaine ministre n'avait-elle pas affirmé le soir des élections «qu'on leur ferait manger de la... »), cela se comprend, surtout quand les mesures sont nouvelles, courageuses, si peu électoralistes et si peu complaisantes pour certaines organisations. Pourtant, le gouvernement négocie à plein régime avec les syndicats pour trouver des terrains d'entente qui tiennent compte de la réalité québécoise, réalité si justement décrite par la ministre du Conseil du trésor dans un article remarquable publié dans Le Devoir en décembre dernier.

On ne devrait pas non plus passer sous silence la décision courageuse du gouvernement de limiter les coupes de bois pour protéger nos forêts, et ce, sans omettre un appui aux forestières, ni sa décision de refuser catégoriquement le nucléaire et de faire enfin un nouveau pari sur le développement de l'électricité sans omettre pour autant un recours à l'énergie éolienne. Au sujet de l'environnement, attendez que je me rappelle: n'était-ce pas le même Jean Charest, alors qu'il était ministre de l'Environnement dans le gouvernement Mulroney, qui avait engagé le Canada sur la route de Kyoto et du développement durable?

Par les mesures qu'il vient tout juste d'annoncer, le gouvernement du Québec a eu l'audace d'imposer une taxe à la source même des produits pétroliers: les pétrolières devront remettre chaque année 200 millions de dollars qui financeront les dépenses engagées par Québec à la réalisation de Kyoto. Mesure audacieuse et surtout exemplaire pour toutes les autres provinces et pour le Canada. Autre mesure bien acceptée et même depuis longtemps souhaitée, l'auto comme deuxième choix, une promotion des transports en commun.

Quel soulagement le peuple du Québec n'a-t-il pas souvent éprouvé devant un gouvernement qui sait se tenir debout, prendre des décisions courageuses là où d'autres avaient failli ou traîné en longueur, reconnaître des erreurs de parcours et corriger le tir si nécessaire (et non pas affirmer, comme l'a fait un ancien premier ministre, que si c'était à refaire, il nous referait le coup de la Gaspésia). Enfin, un gouvernement qui a surtout le courage de maintenir le cap de ses politiques, contre des vents et des marées trop souvent alimentés par des journalistes qui semblent avoir perdu leurs élections ou qui sont emprisonnés dans leur option de l'indépendance à tout prix, voire par des organisations syndicales peu rompues à accepter les réalités québécoises.

A-t-on suffisamment remarqué l'empressement d'une certaine presse à retirer tout avantage au premier ministre à chaque succès indéniable de son gouvernement et chercher à écarter Jean Charest des décisions et performances de ses ministres responsables? Ce n'est pas lui, le responsable des succès, dira-t-on, c'est son ministre de la Santé, ou le ministre des Affaires intergouvernementales, ou la présidente du Conseil du trésor, ou le ministre de l'Environnement, ou le ministre des Finances, etc.. Et si Jean Charest a voulu déplacer d'autres ministres, n'est-ce pas lui aussi qui a soutenu, par exemple, sa ministre responsable des garderies pour son labeur et la création des 200 000 places annoncées dans le programme électoral? On se plaît souvent à opposer Jean Charest à ses ministres. Un bel exemple: le titre du Devoir du 1er juin, où on pouvait lire en première page: «Charest contredit Audet». Il faut lire en entier cet article qui se poursuit en dernière page pour comprendre qu'on a pu titrer ainsi en opposant une affirmation de Jean Charest faite le 31 mai à une intervention de son ministre faite... au printemps dernier, donc avant l'affirmation de Jean Charest qui disait: «On est au début des négociations, on ne va pas courir dans 20 directions en même temps.» Pensez-vous que le ministre Audet est en désaccord avec la stratégie de Jean Charest aujourd'hui?

Il faut souligner à double trait l'atteinte — enfin! — de l'équité salariale. Le gouvernement Charest ne s'est pas limité à réaffirmer des principes. Il vient de corriger une situation injuste pour 50 000 personnes oeuvrant dans la fonction publique. Ce gouvernement veut faire l'histoire et non pas seulement gémir à son sujet.

Se pourrait-il qu'il y ait surtout une chose qu'on ne pardonne pas à Jean Charest? En effet, il milite pour un Québec se déployant dans le cadre canadien et il s'oppose à la thèse de l'indépendance, qu'il juge néfaste pour le Québec. Il a opté pour l'action et la concertation et refuse de jeter le gant; il trouve paralysante l'attitude de dénigrement systématique du gouvernement du Canada et se situe au-delà des jérémiades obsessionnelles des indépendantistes purs et durs. Cela ne l'empêche pas de poursuivre des objectifs comme le déséquilibre fiscal, la réévaluation de la péréquation, le respect des compétences du Québec et la défense de son rôle international (UNESCO), à tel point qu'un vent nouveau semble inspirer tous les partis politiques à Ottawa devant les demandes du Québec. Et ce n'est pas parce qu'il a surfé avec adresse sur la crête des vagues provoquées par le scandale des commandites qu'il faudrait attribuer au Bloc ce nouveau climat.

Mon hypothèse en vaut bien une autre, surtout ces derniers temps, où on s'est empressé de décrier des artistes qu'on avait pourtant portés aux nues. Imaginez: ces artistes avaient osé poser des questions sur la pertinence actuelle de l'option indépendantiste.

Quand Jean Charest fera de nouveau face à l'électorat pour les élections générales, il présentera sa feuille de route. Qui peut présumer aujourd'hui que ses adversaires politiques l'emporteront?

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.