Nouveau programme d'histoire - Une polémique sur des bases erronées

Une polémique entourant le projet de programme d'histoire et éducation à la citoyenneté du 2e cycle du secondaire est entretenue par divers intervenants depuis près de quatre semaines.

Le projet de programme est présenté comme étant un programme que j'ai approuvé, ce qui n'est pas le cas. II s'agit d'un document de travail dont des versions ont circulé aux fins de consultation du milieu, notamment des enseignants, des universitaires et la Commission des programmes d'études. Cette démarche ouverte s'inscrit dans le processus habituel de validation de tout programme d'études.

Des universitaires, soit un didacticien de l'histoire (Jean-François Cardin) et un historien (Jocelyn Létourneau), dont les propos ont été mal rapportés au départ, ont rapidement réagi à la suite de la publication d'un article dans Le Devoir le 27 avril 2006.

D'ailleurs, dans sa réponse au Devoir (29 avril 2006), M. Cardin a notamment affirmé: «Bien que je ne prête pas d'intentions malveillantes à M. Robitaille et que je ne renie rien de ce que je lui ai dit en entrevue la veille, il reste que, tel que rédigé, son texte génère des ambiguïtés et suggère des glissements qui appellent quelques précisions.»

M. Létourneau, également dans une réponse au quotidien (1er mai 2006), ajoute: «Qu'un journaliste veuille de temps en temps jeter des pavés dans la mare et susciter des débats dans l'arène publique par un texte spectaculaire au titre incendiaire, va pour la vente de gazettes. Mais à entendre les propos vociférés sur les ondes des radios, à lire les courriels pourfendeurs qui m'ont été expédiés, le débat que M. Robitaille a amorcé par son article me semble mal parti et ne fera sans doute rien avancer.» Clairement, la nouvelle était erronée.

Différentes versions

Ce projet de programme a été conçu par une équipe d'enseignants, lesquels ont eux aussi publié un texte contredisant l'article du journal Le Devoir («L'avis des professeurs consultés», Le Devoir, 5 mai 2006). Au cours des trois dernières années, différentes versions de travail ont été soumises à un comité composé de 16 enseignants de toutes les régions du Québec, tant des secteurs public que privé, des milieux francophone, anglophone et autochtone. En outre, des universitaires et des historiens ont aussi été consultés sur différentes parties du programme.

À aucun moment, on n'a cherché à occulter certains des événements historiques comme la Conquête, la Rébellion de 1837-1838, la conscription de 1917 ou le rapatriement de la constitution canadienne. Si tel eut été le cas, il s'en serait trouvé, au nombre des personnes consultées, pour dénoncer un tel état de situation.

Il en aurait été de même si le projet de programme n'avait présenté qu'une seule interprétation des événements qui ont marqué le parcours de la société québécoise.

Devant l'inquiétude suscitée par l'article du Devoir, j'ai demandé que ce projet de programme soit précisé afin de rendre plus manifeste la présence d'événements marquants et d'accentuer les indications relatives aux principaux repères temporels et aux principaux personnages, individuels ou collectifs, qui ont fait notre histoire. Je suis persuadé que cette opération de précision du projet de programme permettra de répondre aux attentes légitimes de la population à l'égard de ce projet de programme à la suite de ce qui a été rapporté sur le sujet.

Réponse

Le ministre Fournier fait entrer MM. Cardin et Létourneau dans le club des mal cités. Or, non seulement ces deux «experts» n'ont jamais nié les propos que j'ai rapportés d'eux (surtout pas dans les extraits cités par le ministre). Voire! C'est M. Létourneau qui a noté que l'histoire enseignée serait désormais moins «misérabiliste». M. Cardin, quant à lui, a estimé qu'elle serait désormais plus «rassembleuse».

L'objectif peut être considéré comme noble. Ce n'est pas à moi de juger. Sauf que nombre «d'experts » et d'éditorialistes ont, après avoir pris connaissance du projet de programme (que je n'ai jamais présenté comme un document adopté par le ministre), exprimé des craintes que des pans de l'histoire du Québec soient négligés dans le nouveau programme. Des associations comme la Société des professeurs d'histoire du Québec, des universitaires comme Martin Pâquet de l'Université Laval ou ceux de la Chaire Hector-Fabre de l'UQAM, l'historien Éric Bédard, le sociologue Jacques Beauchemin, l'historien Jacques Lacoursière, qui a présidé une commission sur l'enseignement de l'histoire, l'ancien ministre Denis Vaugeois, le professeur d'histoire et communicateur reconnu André Champagne. Le ministre veut-il une liste complète?

Même M. Cardin, que le ministre cite, a demandé un temps d'arrêt de l'application de la réforme, sur les ondes de Radio-Canada.

Le document de travail circule depuis un mois. Il suscite des questions, des inquiétudes, des appuis. Je fais mon travail de journaliste de les rapporter, comme je rapporte scrupuleusement les multiples démentis du ministre et de ses «experts».

Le ministre répugne à lancer un débat public sur l'enseignement de l'histoire. C'est son choix. Reste que plusieurs le réclament. M'autorise-t-il à l'écrire?

Antoine Robitaille