Lettres: Enseignement de l'histoire : quelles motivations ?

En réaction à l'article d'Antoine Robitaille, est-il raisonnable de penser que le fait de passer sous silence des moments-clés de notre histoire puisse favoriser l'émergence d'une classe de citoyens plus éclairés? Mais, d'abord, quelles sont les motivations réelles des architectes de ce projet de révision dangereusement réducteur du cours d'histoire du Canada et du Québec?

La détermination à passer sous silence certains événements («l'acte d'Union de 1840, la conscription forcée de 1917 ou le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982», selon Antoine Robitaille) susceptibles de fragiliser le fédéralisme canadien ne traduit pas seulement une volonté de ne pas choquer les anglophones; cette dissimulation exprime surtout un désir de réprimer toute forme de nationalisme. En tentant ainsi de nier l'identité propre des Québécois ainsi que leur appartenance à une nation à part entière, on vise à plus long terme la disparition des mouvements souverainiste et indépendantiste en utilisant des techniques d'assimilation particulièrement hypocrites, puisqu'elles s'appuient sur de faux motifs (la prétendue formation de citoyens éclairés).

Pourquoi l'Allemagne s'est-elle opposée à la guerre en Irak? Est-ce que la prise de conscience des atrocités du nazisme et des ravages causés par les deux guerres mondiales n'aurait pas pu pousser les Allemands à vouloir en finir avec toute forme de violence à grande échelle? Est-ce qu'on aurait dû bannir l'apartheid des cours d'histoire en Afrique du Sud sous prétexte que cela eût pu irriter les Afrikaners? Pour autant que je sache, le grand comité Réconciliation et Vérité mis en place en 1995 a cherché à faire la lumière sur les crimes commis durant l'apartheid plutôt que de les dissimuler. Ce n'est pas en oubliant que l'on progresse; au contraire, en agissant ainsi, on ne fait que remettre à plus tard l'exercice de réflexion visant à apporter une solution durable à un problème qui ne peut souvent que s'amplifier avec le temps. On ne peut pas opérer une véritable réconciliation sans tenir compte des événements antérieurs. Et l'utilité de l'histoire dans tout ça? C'est simplement de prendre conscience des erreurs passées pour éviter qu'elles ne se répètent dans le futur.