Modifications à la Loi sur la protection de la jeunesse - Le respect de l'enfant passe par celui de ses parents

Nous sommes l'une et l'autre famille d'accueil depuis respectivement six et deux ans et nous connaissons dans notre quartier un certain nombre d'enfants placés, de familles d'accueil et de parents vivant une mesure de placement. Nous souhaitons apporter notre contribution dans le débat entourant la réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse.

Au nom de leur protection, l'État retire des enfants de leur famille et milieu d'origine et les confie à des familles d'accueil avec la mission d'en prendre soin. Ces enfants se retrouvent pour un temps plus ou moins long «à cheval» entre ces deux familles.

On évoque souvent le conflit de loyauté entre la famille biologique et la famille d'accueil comme un obstacle majeur à l'épanouissement de l'enfant; les visites aux parents, en particulier, sont souvent perçues comme une source de trouble pour l'enfant et sa famille d'accueil, et les parents biologiques sont souvent tenus pour seuls responsables des difficultés d'adaptation de l'enfant à son nouveau milieu d'accueil... Nous aimerions partager notre réflexion à ce propos.

Notre expérience nous amène à constater qu'au début du placement les parents sont méfiants, voire agressifs et que l'enfant se sent mal. En fait, il est souvent inquiet pour ses parents. Même si la mesure du placement est justifiée, l'expérience nous fait mesurer la force du lien qui unit les enfants à leurs parents. L'enfant a besoin de sentir ses parents pris en compte et respectés. Pas en théorie ou par une attitude passive et neutre, mais par une attitude volontaire et des gestes concrets.

Une photo, un cadeau

Dans la famille d'accueil, ce respect aux parents passe par des gestes et des attentions: arriver à l'heure aux visites, préparer ces visites afin que celles-ci se déroulent au mieux, remettre aux parents des photos de ce qu'a vécu son enfant entre les visites, habiller l'enfant avec le chandail offert par la maman lors de la visite précédente, encourager les enfants à offrir un dessin à leur parent, une carte de souhait aux fêtes etc. Ces mêmes attentions sont valables pour les autres membres de la famille significatifs pour l'enfant.

Le plus souvent, les parents se montrent très sensibles à ces gestes de respect comme le sont les personnes qui ont vécu beaucoup d'humiliations dans leur vie. Avec le temps, ces gestes font une différence dans la relation. Certains parents mêmes, au-delà de la souffrance de la séparation, nous témoignent de la reconnaissance pour les soins prodigués à leur enfant.

Avec cette confiance qui s'établit entre nous et les parents des enfants, nous observons l'enfant peu à peu sortir de son malaise, comme s'il recevait «la permission» implicite d'aimer à la fois ses parents et sa famille d'accueil. Certains enfants se sentent soulagés d'un grand poids et nous les sentons rassurés et même heureux; heureux de pouvoir partager avec leurs parents les bons moments vécus dans sa famille d'accueil: «Il ne faut pas oublier de prendre une photo pour maman !», heureux d'aller magasiner avec nous un petit cadeau de Noël pour leur papa ou leur maman. Et que dire du sourire d'un enfant dont on complimente la maman: «Il est beau ce chandail, elle a bon goût ta maman !» Certains enfants vont nourrir activement ce lien entre nous et leurs parents: «Tu vas raconter ça à maman !», «Allez papa, chante une chanson à Chantal!»

Grâce à cette relation que nous essayons de bâtir avec leurs parents, des enfants peuvent enfin se libérer par la parole et nous confier certaines épreuves vécues dans leur famille. Et si telle est la décision du juge, cette relation positive bâtie entre la famille d'accueil et la famille de l'enfant peut grandement aider au succès d'un projet de retour à la maison. Le conflit de loyauté, le déchirement entre deux familles n'est pas inévitable.

En conclusion, nous sommes convaincues que le respect de l'enfant passe par le respect du lien qui l'unit — parfois envers et contre tout — à ses parents, et quelle que soit la durée du placement. Pour être bénéfique, la mesure de placement doit s'établir sur cette relation de respect entre les deux familles et se compléter par une aide réelle et concrète aux parents biologiques. Le projet de loi actuellement discuté à l'Assemblée nationale ira-t-il dans ce sens?

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