Ce que signifie être vert

Les résultats des dernières élections (fédérales et partielles) et la création d'un nouveau parti de gauche au Québec ont ramené la question d'une alliance de la gauche sur la place publique. On s'est aussi interrogé sur la place du Parti vert dans une telle alliance ainsi que dans la gauche québécoise. [...] Il semble donc important d'expliquer notre désir de demeurer indépendant et de préciser nos différences et notre spécificité.

Tout d'abord, le Parti vert demeure attaché au mouvement international qu'il représente: le Parti vert est présent dans la plupart des pays démocratiques et réunit des élus à tous les niveaux de gouvernement. En cette période d'ouverture sur le monde, cette diversité est une force qui nous permet de partager nos expériences comme notre savoir. De plus, les «valeurs vertes» telles que la démocratie participative et le respect de la diversité ont été reconnues lors de la première rencontre mondiale des Verts à Canberra en 2001.

Sommes-nous un parti de gauche?

La question s'est posée lors de la dernière campagne électorale et elle se pose encore: est-ce que le Parti vert du Québec est un parti de gauche? La réponse à cette question n'est malheureusement pas aussi simple que l'on pourrait le croire.

A priori, nous aimerions nous extraire de cette dichotomie trop souvent réductrice entre la gauche et la droite. Il devrait être possible de dire un parti «vert» comme on dit un parti «de gauche». Le qualificatif vert ne porte cependant pas encore tout le sens que nous voudrions lui accorder; la référence à l'environnement est claire, mais elle masque nos préoccupations pour tous les autres aspects de la vie en société. Il faut donc se situer dans les paramètres actuels du débat, avec tout ce que cela implique comme réduction.

Nous partageons certainement des valeurs et des préoccupations avec le nouveau parti Québec solidaire. Il y a certes plusieurs manières d'être de gauche. Il ne faudrait cependant pas croire que le nouveau parti, qui est une incarnation particulière de la gauche, peut prétendre en avoir le monopole.

Sommes-nous de gauche? Oui, s'il s'agit de proposer des solutions novatrices aux problèmes sociaux, économiques et environnementaux que les partis au pouvoir ballaient trop souvent sous le tapis. Non, si cela nous condamne à placer les vieux réflexes avant l'innovation, l'idéologie avant le pragmatisme et la dénonciation avant la proposition de solutions crédibles. [...]

Éviter les écueils de la «gauche de gauche»

Il y a des différences importantes entre l'essence d'un parti vert et celle d'un parti socialiste. Pour n'en nommer que deux, mentionnons la décentralisation et l'utilisation des taxes. Alors que les partis de gauche sont traditionnellement centralisateurs (afin de renforcer le pouvoir de l'État), le Parti vert mise sur la décentralisation afin d'encourager la démocratie participative, le développement des régions ainsi que la promotion de politiques publiques plus efficientes.

Pour ce qui est de la taxation, le Parti vert s'en remet au principe du «Tax bads, not goods» afin de favoriser certains comportements bénéfiques (et qui autrement seraient trop coûteux sur une base individuelle) et de décourager les nuisibles (en essayant d'en refléter le coût réel). La taxe devient donc un outil autant économique que social. Les têtes d'affiche de la gauche québécoise se contentent souvent de proposer des taxes seulement pour les grosses compagnies et les riches.

Si le «néo-libéralisme» croit que le marché peut tout régler, la gauche ne fait pas mieux lorsqu'elle répond «l'État peut tout régler». Blâmer les entreprises pour tous les maux ou clamer que la dette publique est un mythe n'est certainement pas une meilleure manière d'arriver à convaincre une majorité d'électeurs.

Pour être intéressante et regagner la place qui lui revient sur la scène politique, la gauche se doit d'abord d'être créative et ouverte aux nouvelles idées. En ce sens, l'approche du Parti vert est beaucoup plus intéressante et plus actuelle. Voilà pourquoi le Parti vert veut se tenir éloigné d'une gauche qui se contente trop souvent d'être contestataire. L'espace démocratique du Québec est assez grand pour que, comme dans des dizaines de pays, il y ait un Parti vert qui se veut distinct, fort, rempli de bonnes idées et libéré des carcans idéologiques traditionnels.

À ceux qui nous accusent de diviser le vote, nous répondons que c'est ainsi que la démocratie s'exerce: nous souhaitons non seulement obtenir les votes de la gauche, mais aussi ceux du Parti libéral, du PQ et de l'ADQ. La force du Parti vert est qu'il permet de réunir des citoyens de plusieurs horizons politiques différents afin de faire avancer le Québec. Pour sortir du régionalisme et espérer un jour entrer à l'Assemblée nationale, il va falloir viser plus large que la «gauche». Tant et aussi longtemps que nous serons confinés à notre système électoral archaïque, c'est la majorité qu'il faudra viser.

Le pari du développement durable

Le Parti vert, nous le répétons souvent, c'est d'abord le parti du développement durable. Ce concept, dans toute sa richesse et sa complexité, sera toujours notre priorité. Cette vision du développement est d'abord une manière de gérer les affaires de l'État et seul un parti qui la place au coeur de toutes ses politiques pourra en réaliser le plein potentiel.

Les progressistes seront toujours les bienvenus au Parti vert. Nous voulons un Québec solidaire, certes, mais nous voulons d'abord un Québec «vert»: que l'on soit à gauche ou à droite, le gaspillage des ressources et l'argent que l'on paie pour soigner des maladies qui auraient pu être évitées ne sont jamais des bons investissements. Nous demeurons convaincus que le Parti vert est le seul parti qui offre les solutions qui permettront de concilier développement économique et qualité de vie.

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