Lettres: Les heures d'ouverture

Le destin tragique de Brigitte Serre, cette étudiante sordidement abattue la nuit alors qu'elle travaillait dans un dépanneur d'une station-service Shell, aurait pu être différent. Comment? Si un franchisé de la chaîne de dépanneurs 7 Eleven, d'Austin, près de l'université du Texas, n'avait pas décidé, en 1962, d'ouvrir son commerce jusqu'à la fin d'une partie de football âprement disputée, avec de nombreuses périodes de prolongation, qui s'était terminée au petit matin, lui permettant d'enregistrer un chiffre d'affaires phénoménal.

Dans les années 40 et 50, les dépanneurs sous l'enseigne 7 Eleven, la plus grande entreprise du genre aux États-Unis, ouvraient de 7h à 23h, d'où leur raison sociale, qui évoquait à l'époque de longues heures d'ouverture. Progressivement, ils ont commencé à vendre des bouteilles de boissons gazeuses, des sacs de croustilles, des paquets de cigarettes, des caisses de bière, etc., 24 heures sur 24, sept jours sur sept, au Texas, au Nebraska, en Californie, et les concurrents ont suivi.

De nos jours, la plupart des dépanneurs 7 Eleven en Amérique et en Asie, de même que leurs copies conformes au Québec, vendent leurs produits 24 heures sur 24 afin d'augmenter le plus possible les entrées d'argent dans leurs tiroirs-caisses, peu importe que leurs employés de nuit soient exposés à de hauts risques d'agression et que leurs jeunes commis aient à enregistrer de piètres résultats scolaires parce qu'ils travaillent après 23h.

Au Québec, la loi sur les heures et les jours d'ouverture des établissements commerciaux, amendée en 1990, permet aux commerces d'alimentation comptant moins de quatre employés d'ouvrir la nuit. Et le ministre du Développement économique, Claude Béchard, doit sûrement s'en réjouir.

En effet, ces emplois de nuit, souvent à temps partiel, dans des dépanneurs, ajoutés aux 380 000 départs à la retraite entre 2004 et 2008, font bien paraître les statistiques sur le chômage au Québec alors qu'en réalité des milliers d'emplois à temps plein, bien rémunérés, dans des secteurs industriels, sont transférés vers des pays émergents, où les coûts de main-d'oeuvre sont faibles et où les normes du travail et environnementales sont minimales.

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