Lettres: Des omissions dans l'histoire

J'ai lu avec intérêt l'article d'Antoine Robitaille sur la fondation du nouveau parti de gauche québécois. Dans un petit texte en accompagnement intitulé «La gauche au Québec: quelques repères», le journaliste dit reproduire quelques repères tirés «d'une chronologie dressée par des militants de Québec solidaire».

Ma surprise a été grande en découvrant qu'après y avoir décrit comme une première manifestation de la gauche la fondation du Parti patriote en 1834, on fait un saut de quelque 126 ans dans le temps pour renouer avec la fondation du Rassemblement pour l'indépendance du Québec, en 1960.

J'ose espérer qu'il s'agit là d'une coupure faite par le journaliste. Autrement, il faudrait déplorer que le nouveau parti soit frappé d'amnésie dès sa naissance. Ignore-t-on qu'il y eut des candidats ouvriers indépendants qui défendaient des idées progressistes à partir de 1880 au Québec? Le mouvement syndical québécois mit sur pied le Parti ouvrier dès 1899 et un premier candidat, Alphonse Verville, fut élu à Ottawa en 1906; à la même époque, il y eut aussi un parti socialiste un peu plus radical. Il faut aussi rappeler l'action du Parti communiste pendant les années de crise et de guerre ainsi que la fondation de la Commonwealth Cooperative Federation (CCF), qui fit élire un député à l'Assemblée législative de Québec en 1944.

Il est étonnant de retrouver le RIN comme un jalon de la gauche. Bien sûr, plusieurs militants progressistes y militaient, mais ce mouvement voulait se vouer exclusivement à la promotion de l'indépendance, et on mit du temps à ajouter un contenu social-démocrate à son programme.

Par contre, comment passer sous silence tous les débats qui ont entouré la création du Parti socialiste du Québec (PSQ)? Créé en rupture avec le NPD en 1963, ce parti défendit le concept des États associés, qui allait inspirer fortement le fondateur du Mouvement souveraineté association... On retrouvait au PSQ les Jacques-Yvan Morin, Denis Lazure, Pierre Vadeboncoeur, Michel Chartrand, Émile Boudreau, Jean-Marie Bédard, André L'Heureux, Jacques-Victor Morin et bien d'autres... J'y fus président du conseil provisoire jusqu'à la fondation, en 1963, et fus alors remplacé par Michel Chartrand.

Le PSQ était formé de syndicalistes, d'intellectuels et de militants politiques de diverses origines, tous insatisfaits d'une révolution trop tranquille, tous sur le point de passer de l'«autonomisme au souverainisme»... Leur histoire, celle des idées qu'ils défendaient et des parcours qu'ils ont ensuite suivis, ne saurait être gommée de la mémoire d'une gauche digne de ce nom.

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