Libre opinion: Réalisme politique 101

La souveraineté ne se fera pas dans le cadre d'un climat d'ouverture politique à Ottawa face aux revendications du Québec. Point à la ligne. Le Parti québécois doit accepter cette réalité et cesser de faire comme si l'élection du gouvernement Harper était une bonne chose pour lui.

Les militants souverainistes doivent prendre la mesure exacte de ce qui se passe au Québec à l'heure actuelle. Après plus de 12 ans d'étouffement de la nation québécoise par le gouvernement libéral, les Québécois entendent les sirènes d'un redoux politique annonçant un nouveau printemps dans les relations Québec-Ottawa, aussi illusoire soit-il. Nous ne pouvons pas blâmer nos concitoyens de réagir comme ils le font. Il y a dans cette réaction quelque chose de profondément naturel chez les gens civilisés: un penchant pour la réconciliation et le règlement des différends.

Si le PQ et le Bloc québécois ne modifient pas leur approche dans le nouveau contexte politique québécois, approche dont les paramètres ont été définis en fonction d'un climat politique révolu, les fédéralistes pourront garder l'initiative indéfiniment et dormir tranquilles.

Cela étant dit, après avoir avalé la pilule, les militants du PQ devraient donner plus de latitude à leur nouveau chef en ce qui a trait au déclenchement d'un troisième référendum. Il en va non seulement de la crédibilité de ce parti mais également de son avenir à court terme. Par conséquent, l'approche kamikaze présentement inscrite au programme du PQ d'un référendum «le plus tôt possible dans un prochain mandat» doit être réexaminée. Pas forcément pour la mettre de côté mais plutôt pour lui faire passer le test de la réalité politique québécoise.

Un changement de stratégie s'impose! Nous ne faisons plus face à un gouvernement libéral, arrogant, usé et corrompu mais au début d'une ère annonçant une nouvelle volonté de dialogue entre le Québec et le Canada.

Harper force les souverainistes à désactiver le pilote automatique vers le prochain référendum et à remettre leur démarche en question. Ne pas le faire serait un geste d'insouciance et d'aveuglement collectif qui pourrait bien nous coûter très cher aux prochaines élections provinciales.

Une chance à donner

Deuxièmement, nous nous devrons d'analyser méticuleusement les futures propositions conservatrices. Il semble bien évident qu'à moyen terme, ces éventuelles propositions se révéleront largement insuffisantes pour le Québec, à moins que les Québécois ne soient prêts à abandonner, dans un geste historique, leur statut de nation et les demandes traditionnelles minimales faites par tous les premiers ministres québécois depuis Jean Lesage jusqu'à Robert Bourassa et les autres.

Le PQ et le Bloc gagneraient grandement en crédibilité s'ils donnaient la chance au gouvernement Harper de déposer son «plan de réconciliation» pour le Québec. Il leur sera d'autant plus facile d'en démontrer les insuffisances après l'avoir lu et donné sa chance au coureur car nous savons pertinemment bien qu'ailleurs au Canada, la marge de manoeuvre des politiciens voulant accommoder le Québec est à toutes fins utiles inexistante.

Ainsi, au lieu de foncer aveuglément vers un nouveau référendum difficile à gagner et dont l'échec probable porterait le plus grand préjudice à la nation québécoise, nous devrions jouer encore une fois temporairement le jeu du renouveau constitutionnel. L'initiative n'est plus du côté des souverainistes et nous devons agir en conséquence. Nous devons être en position d'attraper le ballon conservateur et de nous en servir à la façon d'un balancier politique dont la rétroaction fera encore une fois la démonstration claire de l'impasse politique chronique et insurmontable du fédéralisme canadien dans laquelle nous nous trouvons depuis des décennies.

Nous voilà donc de retour à la case départ avec un gouvernement conservateur à Ottawa et un gouvernement libéral à Québec, les deux se disant prêts à discuter de la place du Québec au sein du Canada. S'il y a là un sentiment de déjà vu pour beaucoup d'entre nous, nous devons respecter la sagesse et la patience d'une grande partie de la population québécoise et prendre acte de son penchant pour la discussion.

Rien ne presse à ce que la souveraineté se réalise au cours des six ou sept prochains mois. C'est seulement lorsque la démonstration de l'irrecevabilité des propositions conservatrices aura de nouveau été faite que les Québécois redeviendront réceptifs à un changement de statut et de régime en profondeur et que le PQ et le Bloc seront vraiment en mesure d'aller chercher un large consensus pour le projet d'État-nation québécois.

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