Libre opinion: Le sort du bassin nautique en est jeté!

Si j'en crois l'article du 2 février de Louis-Gilles Francoeur paru dans Le Devoir, la proposition d'aménagement d'un bassin nautique en amont du pont de la Concorde, qui faisait l'objet d'une évaluation préliminaire de la Société du Havre, «ne verra pas le jour», selon le ministre Thomas Mulcair. Je dois avouer qu'il serait un peu frustrant, après avoir reçu le mandat de «proposer, pour le havre et les espaces urbains qui l'entourent, un plan de développement intégré», qu'un de nos partenaires n'attende même pas nos conclusions pour tuer dans l'oeuf une proposition qui aurait pu redonner aux résidants du Sud-Ouest l'accès privilégié au fleuve qui leur a été littéralement dérobé au siècle dernier.

Je rappelle en effet que la volonté de la Société du Havre d'explorer «toutes» les facettes d'un projet de bassin nautique ne provient pas, comme le laisse entendre M. Francoeur, de la proposition de la firme RSW d'aménager une centrale hydroélectrique au fil de l'eau mais bien d'un souhait exprimé par plusieurs résidants du Sud-Ouest lors d'une table de concertation organisée par la Société du Havre à l'automne 2003. Plutôt que de se contenter de regarder passer le courant du haut de l'escarpement qui borde le fleuve dans ce secteur, ceux-ci ont clairement exprimé le désir de retrouver un véritable accès au fleuve pour la pratique, entre autres, de sports nautiques.

Mon principal regret, si la décision de M. Mulcair consiste à abandonner l'idée, c'est de ne pas pouvoir tenir ma promesse auprès des résidants du Sud-Ouest d'aller au fond des choses afin de formuler des recommandations à nos partenaires gouvernementaux.

Pour le reste, M. Mulcair aurait parfaitement raison de dire que toute décision sur le projet de centrale au fil de l'eau, qui rendrait possible l'aménagement du bassin nautique sur le plan tant technique que financier, relève d'Hydro-Québec et donc, ultimement, du gouvernement du Québec. Je rappelle que l'objectif de la Société du Havre était simplement de solliciter l'opinion d'experts (d'où la création d'un comité technique) avant de recommander au gouvernement du Québec, s'il y avait lieu, de pousser plus loin l'analyse que mérite une telle proposition grâce à la réalisation d'une véritable étude d'impacts environnementaux. Cela ne serait plus nécessaire puisque le ministre dispose déjà, apparemment, de «tous» les éléments d'information lui ayant permis de prendre une décision éclairée.

Et après tout, comme me le disait M. Francoeur lors de notre entretien téléphonique: «Qui a besoin d'un bassin nautique dans le Sud-Ouest puisque le lac Saint-Louis offre déjà tous les équipements nécessaires à la pratique des sports nautiques?» Les membres des exclusifs Baie d'Urfé Yacht Club, Lord Reading Yacht Club, Beaconsfield Yacht Club et Royal St. Lawrence Yacht Club accueillent déjà, sans nul doute, les enfants de Pointe-Saint-Charles à leurs cours d'initiation à la voile.

Ça ne remplace peut-être pas les équipements dont disposaient les résidants de Pointe-Saint-Charles au début du siècle dernier, mais ceux-ci auront au moins la consolation de savoir que tout en bas de l'escarpement, les chevaliers cuivrés et les anguilles peuvent jouir de l'usage exclusif du fleuve sans avoir à s'embarrasser d'une passe à poissons, si efficace soit-elle.

Quant à nous, nous ne saurons jamais si les solutions mises en avant par les experts d'une firme de la trempe de RSW pour répondre aux inquiétudes exprimées par les biologistes du ministère de l'Environnement auraient pu permettre aux «bibittes à deux pattes» de partager la jouissance de cette magnifique ressource avec les chevaliers cuivrés.

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