Caricatures et politique de l'apaisement - Un dérapage de la démocratie

Le 11 septembre 2001, des fous de Dieu provoquèrent l'écrasement de deux avions sur les tours jumelles du World Trade Center. Oussama ben Laden rêvait alors d'unir le monde musulman derrière une campagne de terreur visant à détruire les valeurs occidentales, à changer nos vies.

Al-Qaïda n'y a pas réussi, malgré la succession d'actes terroristes, de prises d'otages et de commandos suicides. Aujourd'hui, la réaction du monde musulman à la publication de caricatures de Mahomet parvient à soulever la rue musulmane, à faire trembler plusieurs gouvernements occidentaux et à les faire reculer en ce qui concerne des valeurs qui sont les piliers de notre développement économique, social et culturel.

C'est une curieuse coïncidence que la rue musulmane s'offusque et s'enflamme quelques jours après l'arrivée au pouvoir du Hamas en Palestine, alors que les 12 caricatures ont été publiées le 30 septembre dernier par le journal danois Jyllands-Posten. Je suis convaincu que les mouvements intégristes musulmans et plusieurs gouvernements arabes ont provoqué cette affaire et incité les manifestations violentes de Gaza à Damas, jusqu'à Jakarta. L'incendie du consulat danois survenu à Beyrouth et revendiqué par le Mouvement national de la défense du prophète Mahomet constitue une illustration frappante de cette manipulation. Il ne serait pas étonnant qu'il ait été appuyé, sinon financé, par les services secrets syriens.

L'objectif est clair: créer un rapport de force contre les pays occidentaux et en faveur des mouvements islamistes intégristes et des pays musulmans les plus radicaux.

Les enjeux

Or les enjeux sont considérables. Si le Hamas ne renonce pas à la violence et refuse de reconnaître l'État Hébreu, les vivres seront coupés. En 2005, la Palestine a bénéficié d'un apport européen de 615 millions de dollars, tandis que la contribution américaine se chiffrait à 234 millions.

L'Iran joue actuellement un bras de fer avec les pays occidentaux au sujet de son programme nucléaire. Le ministre iranien des Affaires étrangères a saisi cette opportunité pour réclamer la convocation d'une réunion extraordinaire des 56 pays membres de la conférence islamique pour traiter de l'attaque contre le monde musulman causée par la publication des caricatures de Mahomet dans plusieurs journaux européens.

Le gouvernement syrien chassé du Liban et soupçonné d'organiser des assassinats politiques avait bien besoin de cette nouvelle cause musulmane pour desserrer l'étau qui l'étouffe et risque de le faire imploser.

Devant cette poussée de violence islamique, Londres, Washington et Paris pratiquent une politique «d'apaisement». Le ministre britannique des Affaires étrangères qualifie la publication des caricatures de «manque de respect» et même d'insulte. Le porte-parole du département d'État américain de même que le président français Jacques Chirac ont tenu des propos similaires. Or «l'apaisement» prend ici le visage de la compromission.

Non à la compromission

C'est de la compromission que d'accepter que la religion musulmane soit traitée d'une façon différente des autres religions, créant ainsi un régime d'exception dans nos constitutions basées sur l'égalité de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Au nom de la religion musulmane, on devrait, dans nos pays, censurer la presse, créer des tribunaux musulmans pour les affaires familiales ou autoriser le port du voile à l'école.

Condamner sans autre forme de procès un journal pour avoir publié des caricatures de Mahomet, c'est reculer en ce qui concerne un des piliers de nos sociétés occidentales, soit la primauté du droit. Comme l'a déclaré le ministre français de l'Intérieur: «Lorsque la caricature va au-delà du raisonnable, ce sont les tribunaux qui en jugent et pas les autorités religieuses, et pas les gouvernements musulmans.»

Nos sociétés démocratiques occidentales se sont développées grâce au pluralisme, à la tolérance et à l'esprit d'ouverture. La politique d'«apaisement» en réponse à la manipulation d'extrémistes islamiques et de certains gouvernements de pays musulmans radicaux équivaut, dans les faits, à cautionner le délit d'opinion et à s'abstenir de défendre les droits de l'homme et nos valeurs démocratiques.

On n'apaisera pas l'extrémisme en s'excusant de pratiquer la liberté d'expression, la primauté du droit et l'esprit de tolérance. On l'encourage! Les mouvements islamistes radicaux comme les dictateurs de certains pays arabes considéreront ces excuses comme une victoire. Ils y verront la naissance d'un rapport de force leur permettant d'affronter l'Europe et l'Amérique sur plusieurs fronts.

Le fait qu'ils puissent réclamer des restrictions à nos valeurs de liberté et de tolérance au nom d'une religion qu'ils considèrent supérieure aux autres est aussi un mauvais message envoyé aux communautés musulmanes de nos propres pays. C'est un signe que la peur peut nous amener à faire des compromis sur nos valeurs fondamentales.

Le ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne devrait se rappeler que la politique d'«apaisement» mène à l'échec. Neville Chamberlain l'a pratiquée, dans un autre contexte et pour un danger différent, mais la catastrophe n'a pas été évitée. On n'apaise pas l'intolérance sous quelque forme que ce soit. Où sont les Churchill et De Gaulle dont on aurait bien besoin en ces temps troubles?

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