Élections américaines de 2006 - La perte de vitesse des conservateurs?

Le battement du métronome électoral se fera encore entendre aux États-Unis en novembre prochain: 33 des 100 sièges du Sénat, ainsi que la totalité des 435 sièges de la Chambre des représentants sont à pourvoir.

Vu les difficultés de la reconstruction en Irak, les prix élevés de l'essence, la gestion calamiteuse de l'ouragan Katrina, les scandales qui frappent des législateurs comme l'ex-leader de la majorité de la Chambre Tom Delay (républicain, Texas) ou encore la faible popularité de George W. Bush à l'échelle nationale (à peine 42 % des Américains approuvent le travail du président), les républicains auront du mal à répéter les victoires de 2002 et de 2004. Le parti de Bush a pourtant d'excellentes chances de conserver le contrôle des deux chambres du Congrès. Bush compte même passer à l'histoire en réussissant là où Truman, Eisenhower, Johnson, Nixon, Reagan et Clinton avaient échoué: accroître la majorité de son parti au Sénat durant la sixième année de sa présidence. La perte de vitesse des conservateurs au Capitole n'aura peut-être pas lieu.

La Chambre des représentants

À l'heure actuelle, 231 des 435 membres de la Chambre sont républicains et 202 sont démocrates — il y a aussi un siège vacant et un siège occupé par un indépendant. Étant donné la dynamique des élections législatives depuis la victoire historique des républicains en 1994, les chances des démocrates de reprendre la Chambre sont minces. En effet, sur les 435 courses à venir, à peine une trentaine seront compétitives, et ce pour deux raisons.

D'une part, les candidats sortants sont généralement nettement mieux financés, organisés et visibles dans les médias que leurs adversaires. Il est donc devenu très difficile de les déloger. D'autre part, le processus de redécoupage des circonscriptions électorales a profondément affecté les élections à la Chambre.

Selon la Constitution américaine, il revient à chacun des 50 États fédérés, lors des recensements, de délimiter lui-même les circonscriptions électorales se trouvant sur son territoire. Dans les États où les gouverneurs et la majorité des membres de la législature proviennent du même parti, les circonscriptions sont souvent astucieusement redessinées pour garantir des succès électoraux — comme ce fut le cas au Texas avant les élections de 2004. La multiplication des pratiques de charcutage électoral (gerrymandering) a, avec le temps, accru le nombre de circonscriptions où les victoires des représentants sortants sont pratiquement assurées (safe districts).

Le système donne donc énormément de maux de tête aux démocrates. Ceux-ci doivent soutirer 14 sièges aux républicains pour reprendre la Chambre, ce qui n'est pas impossible, car 20 des 30 sièges chaudement disputés appartiennent au parti de Bush. Mais les démocrates tardent à recruter des candidats crédibles et accusent un retard considérable dans la levée de fonds, si bien que seulement six ou sept républicains sont réellement en danger à l'heure actuelle, dont Tom Delay au Texas.

Le Sénat

Au Sénat, les républicains comptent 55 membres et les démocrates 45 (ceci inclut l'indépendant Jim Jeffords, qui leur est favorable). Hillary Clinton et ses collègues doivent donc enlever six sièges aux républicains pour l'emporter. Cependant, comme les représentants de la Chambre, les sénateurs sortants sont quasi tout-puissants et rarement défaits. Ainsi, on ne craint rien pour 10 démocrates et neuf républicains, et à peine 14 courses seront compétitives.

La clé de la victoire pour les démocrates? Conserver huit sièges vulnérables en plus de battre six républicains en détresse dans d'autres États. Cela ne sera pas facile: par exemple, le parti de John Kerry est déjà en très mauvaise position pour protéger le siège laissé vacant par Mark Dayton au Minnesota.

Une victoire historique des démocrates?

Les démocrates demeurent toutefois convaincus qu'il y aura un raz-de-marée électoral en leur faveur en 2006, semblable à celui dont avaient bénéficié les républicains en 1994.

Il y a certes des parallèles à faire entre les élections d'il y a 12 ans et celles à venir: comme en 1994, bon nombre d'Américains croient que les États-Unis vont dans la mauvaise direction, s'indignent de la corruption et des scandales au sein de la majorité au Congrès, et se sentent trahis par la Maison-Blanche et ses alliés au Capitole. Mais contrairement aux républicains de 1994, les démocrates n'ont pas (encore) ce qu'il faut pour l'emporter, c'est-à-dire des candidats crédibles dans les courses qui comptent, une campagne de financement efficace et un message clair et unique, exploitant les faiblesses du parti adverse.

Il ne faut jurer de rien pour 2006 et les électeurs nous réserveront peut-être une surprise. Mais les démocrates ont encore fort à faire s'ils veulent une surprise-partie en novembre.

- La Chaire Raoul-Dandurand tient ce jeudi, le 9 février, un colloque intitulé À droite toute? Le conservatisme et la société américaine. Pour informations: www.dandurand.uqam.ca

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