Libre opinion: Un manque de rigueur journalistique

Vendredi 27 janvier 2006, le correspondant du Devoir à Paris, Christian Rioux, s'interrogeait sur ce qui pouvait expliquer les récentes déclarations du populiste vénézuélien Hugo Chavez. M. Rioux faisait évidemment référence à l'article de Jean-Hébert Armengaud publié dans le quotidien Libération le 9 janvier dernier.

Le seul problème est que le journaliste du Devoir se contente de citer l'article en question et répand ainsi l'idée selon laquelle Hugo Chavez aurait tenu des propos antisémites. Rioux oublie de souligner que l'article extrêmement controversé valut au quotidien Libération les accusations les plus violentes de la part de personnalités tel que Jean-Luc Mélenchon, sénateur français et de l'hebdomadaire Marianne, qui a remis en question toute l'affaire. Le quotidien fut donc forcé de se rétracter timidement le 12 janvier dernier, fait qu'omet de présenter M. Rioux.

Alors qu'un journaliste professionnel devrait se donner comme devoir d'aller chercher lui-même l'information, de vérifier ses sources et de faire enquête, M. Rioux se contente cette fois-ci de reprendre mot pour mot l'article de Jean-Hébert Armengaud, personnalité dont la couverture douteuse du dossier politique du Chili lui a valu d'être dépeint par le site action-critique-médias comme un journaliste qui «désinforme avec constance et sans retenue», critique qui devrait faire sonner une cloche à qui prétend à un minimum de sérieux.

En présentant à ses lecteurs une information fragmentée sans aucune mise en contexte ni analyse, le correspondant du Devoir déforme la réalité et présente un contenu de piètre qualité.

Traduction fautive

La faute revient premièrement à Jean-Hébert Armengaud qui a failli à traduire fidèlement un discours de Hugo Chavez commentant un rapport de l'ONU sur l'état du monde. De «unas minorias» contrôlant l'ensemble des richesses mondiales, signifiant «des minorités», tiré du texte original, Armengaug le transforma en «une minorité» et en déduit ensuite, d'une manière tout à fait subjective et discutable, que cette nouvelle minorité unique représentait le peuple juif.

En effet, voir la «main juive» dans «la minorité qui jeta Bolivar hors d'ici» (plutôt une oligarchie hispano-créole), relève pour le moins de la transformation partisane. Lorsque, de nos jours, «10 % de la planète est propriétaire de la moitié des richesses de la terre» (Libération, 12 janvier 2006), je crois que nous devrions avoir le droit de parler de quelques minorités qui contrôlent les richesses mondiales sans être taxés d'antisémitisme.

Cela nous amène inévitablement à nous questionner sur la qualité de l'information qui nous est présentée dans nos journaux. En effet, cette dérive entre en contraste flagrant avec les politiques d'information du Devoir qui se présente comme un «témoin honnête, libre et responsable, [qui] n'obéit qu'à ses propres critères pour établir son traitement de l'actualité et la hiérarchie des informations qu'il présente à ses lecteurs». Comment expliquer qu'un correspondant de cette trempe ait pu rompre de façon aussi draconienne avec ces principes? [...]

L'erreur journalistique fait partie de la réalité humaine et est un fait avec lequel nous devons vivre. Ce qui est inacceptable par contre, c'est l'effet d'entraînement que ces erreurs provoquent parfois dans les autres journaux.

Soumis aux contraintes de temps et d'argent ou ne voulant tout simplement pas manquer un «scoop», les journalistes se contentent parfois d'une information incomplète pour mener à terme leurs articles, comme nous en avons été témoin dans l'histoire des mineurs ensevelis à Talmonsville, où l'on nous avait premièrement informés qu'un seul d'entre eux était mort, pour finalement constater qu'un seul d'entre eux avait survécu.

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